Maupassant le gueux commentaire

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  • Publié le : 15 décembre 2010
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« Le Gueux » de Guy de Maupassant : commentaire

En 1889, Guy de Maupassant a fait publier dans « L’Echo de Paris » une nouvelle intitulée « Le Gueux ». En quelques pages, Maupassant nous raconte un drame de la misère. Il a sélectionné avec soin chaque détail afin que le lecteur se retrouve pris au piège d’un récit qu’il ne pourra lâcher. Le genre de la nouvelle, de par sa brièveté,permet en quelques pages de dire l’essentiel et de conduire le lecteur vers une fin qui l’interpelle, une chute.

L’histoire commence de façon abrupte : le début in media res nous plonge directement dans un constat désespéré :
Il avait connu des jours meilleurs.

Dès la 2e ligne, grâce à une anachronie rétrospective d’une quarantaine de lignes, tous les éléments nécessaires sont donnés aulecteur pour comprendre la situation. Ils forment la situation initiale du schéma narratif. L’histoire se déroule dans la campagne normande et raconte la vie d’un pauvre infirme devenu vagabond, Nicolas Toussaint. Enfant abandonné, il fut recueilli par un prêtre mais élevé sans amour et sans instruction. Estropié à 15 ans suite à un accident, il perdit dès lors tout espoir de trouver du travail poursubvenir à ses besoins. Pendant de longues années, il vécut de mendicité, dans une grande solitude et un grand mépris. On l’appelle d’ailleurs « Cloche », pour se moquer de sa démarche d’infirme. Seule une baronne lui manifesta un peu de compassion.
Au bout de quarante ans, voilà que les paysans refusent désormais de lui donner quoi que ce soit à manger, lassés de sa mendicité.
Depuis deux jours,il n'avait point mangé. Personne ne lui donnait plus rien. On ne voulait plus de lui à la fin.
C’est l’élément perturbateur du récit, celui qui explique le constat désolant de la première phrase Il avait connu des jours meilleurs et va faire basculer vers l’horreur la vie déjà si pénible de Cloche.

A partir de là, les événement sont racontés dans un ordre chronologique. Différentes péripétiesvont conduire Nicolas à la déchéance. Face au mépris et à l’hostilité des gens, le voilà obligé de se traîner sur les routes pour atteindre un village plus éloigné. Au bout de longues heures de marche, chassé de partout, il arrive dans la ferme de Maître Chiquet. Mourant de faim, il ne peut s’empêcher de tuer une poule pour la manger. Mais le paysan l’attrape, le maltraite et l’accuse à tort del’avoir attaqué. Les gendarmes le jettent en prison, le ventre toujours vide.
Le lendemain matin, il est découvert mort. Cette situation finale particulièrement choquante correspond également à un épilogue en forme de chute :
Quelle surprise !
L’effet de surprise est en effet total, d’abord pour les gendarmes et les paysans, qui découvrent tout à coup que c’est un être humain qu’ils avaient faceà eux, avec des besoins vitaux :
Cependant le fainéant avait besoin de manger tous les jours.
Mais le lecteur aussi est surpris, qui espérait peut-être des jours meilleurs pour le pauvre Cloche.

La mort de celui-ci entraîne la fin du récit, puisque c’est ce pauvre mendiant qui faisait l’objet de notre attention. La fin est donc fermée.

On le voit, cette histoire n’est pas très gaie, c’estle moins qu’on puisse dire. Mais la vie n’est-elle pas désespérante ? La misère morale et physique, l’indifférence voire l’hostilité de ceux qui ont un peu plus de chance face aux plus faibles, tous ces thèmes développés ici, ne sont-ils pas des réalités de la vie de tous les jours ?

« Réalité » : voilà un mot qui nous ramène à ce réalisme si cher à Maupassant. Si ce pauvre Cloche n’a pasvraiment existé, sa vie ressemble pourtant à celle de beaucoup de vagabonds dont les journaux racontent les arrestations ou la triste fin dans la misère matérielle et affective la plus complète. Avec Maupassant, les petites gens se voient accorder la place qu’ils méritent dans la littérature : leur existence est aussi digne d’être racontée que celle des privilégiés. Et quoi de plus misérable...
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