Mauriac

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  • Publié le : 9 décembre 2009
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Mauriac, c’est Mauriac. A savoir une écriture furieuse, simple mais terriblement violente. Une structure romanesque quasiment inexistante, des personnages fous à lier où (le cas échéant) rendus monstrueux par la haine. Dans ce roman, il semble retrouver (enfin) l’état de grâce de ses grands livres de l’entre deux guerres (« Genitrix », « Thérèse Desqueyroux », « Le Nœud de vipères »). S’iln’atteint jamais la puissance des chefs d’œuvres suscités, l’auteur parvient à sortir un livre captivant, sans doute son plus personnel, qui pourrait être une excellente introduction à son œuvre tant il en semble une synthèse parfaite : protagonistes torturés, figures féminines castratrices (ici qui plus est on est servi : trois pour le prix d’une !) et écriture quasi instinctive.

Petit défautcependant : les romans courts de Mauriac ont toujours été sauvés par leur densité, leur cohérence. Ici, le roman est très court mais contrairement à (au hasard) « Genitrix », il développe une véritable histoire avec un nombre assez conséquent de personnages…il en résulte un goût d’inachevé : 139 pages (écrites en gros) pour évoquer tout à la fois le petit sagouin, les rapports maternels destructeurs, lesragots et petites bassesses des patelins paumés et la lutte des classes…ça fait quand même un peu léger. Il est par exemple regrettable que les rapports entre Guillou et l’instituteur n’aient pas été plus approfondis…ils sont au centre du roman, ils sont la plaque tournante justifiant la première moitié et provocant la seconde…or cette "relation" est évacuée en un chapitre. Dommage.

Il n’endemeure pas moins que ce roman, s’il n’est pas le meilleur de son auteur, en est un excellent résumé. Un genre de best of de l’univers de Mauriac, plus facile à lire que certains de ses classiques et très intéressants du point de vue de l’œuvre en elle-même : Mauriac, que j’ai autrefois qualifié d’écrivain de la haine ordinaire , semble, plus de quarante ans après la publication de son premierrecueil (« Les mains jointes »), jeter un coup d’œil dans le rétroviseur. Et résume son œuvre en deux phrases :

Comme on dit « faire l’amour », il faudrait pouvoir dire « faire la haine ». C’est bon de faire la haine, ça repose, ça détend.

Ce roman raconte la misérable vie du petit Guillou, douze ans. Sale, arriéré, maladroit, Guillou est haï par sa mère et méprisé par tous.

Paule, la mèrede Guillou, nièce d'un ancien maire de Bordeaux, ressasse sa colère de s'être piégée elle-même : Pour un titre de baronne qu'elle ne portera jamais (Mme La Baronne reste un titre réservé à la mère de son mari), elle a épousé Galéas de Cernes, un imbécile, un idiot, à la limite de l'arriéré mental, qui ne fait rien d'autre que d'entretenir les tombes du cimetière familial. Paule se retrouve coincéeentre un mari, une belle mère et un fils qu'elle exècre, dans un coin de campagne reculé. Par désespoir et par désir de sortir de sa solitude, elle se lie avec un prêtre, ce qui lui vaudra au village une réputation diabolique.

Guillou, ce sagouin, s'est fait renvoyé de deux pensionnats, parce qu'il mouillait ses draps; le prêtre prétexte un surcroît de travail et refuse de venir au château (laréputation sulfureuse de Paule n'est pas étrangère à cette décision) : Mme La Baronne décide donc de se rendre au village afin de prier l'instituteur Bordas de bien vouloir donner des cours à Guillou. A son retour, elle explique à la famille le refus de l'instituteur, ce qui met Paule très en colère. Comment ose-t-il refuser d'enseigner à un enfant du château, sous prétexte qu'il ne souhaite pas"avoir des ennuis" (en référence a l'histoire de Paule et de l'ancien curé)?

Paule se rend chez l'instituteur, qui acceptera finalement de s'occuper de Guillou, lequel se révèle beaucoup moins attardé que ne l'avait décrit sa mère. Je ne vous dévoila pas la fin, sachez seulement que ce sera Galéas, ce père dégénéré, qui prendra une décision fatale pour lui et pour son fils.

Guillaume,...
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