Mecque

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  • Publié le : 11 juillet 2010
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Aux origines de La Mecque, le regard de l'historien Jacqueline Chabbi Professeur à l’université Paris VIII-Saint-Denis Il est peu de villes, en dehors de Jérusalem, dont le destin paraisse aussi étroitement lié à une religion que La Mecque. Le lien paraît d'autant plus fort et exclusif que La Mecque, ses alentours, ainsi que la ville de Médine où Mahomet aurait été mis en terre, quelque quatrecents kilomètres plus loin au nord, demeurent, jusqu'à aujourd'hui, des territoires strictement interdits aux non-musulmans, notamment aux juifs et aux chrétiens et cela en dépit de l'abrahamisme revendiqué par le Coran et l'islam. Curieux archaïsme ! À moins de se convertir ou de se déguiser comme le firent quelques voyageurs des deux siècles passés dans une Arabie occidentale qui n'était pasencore séoudite – mais ce n'est plus guère possible car la vigilance des autorités est particulièrement sévère –, visiter La Mecque, pour un non musulman, c'est donc faire le voyage en restant à distance. Ce voyage imaginaire peut être entrepris par l'intermédiaire des gravures du XIXe siècle ou encore par les albums photographiques ou les films du XXe. Curieusement en effet, la cité musulmane estinterdite de visite mais pas de représentation. De multiples reportages et albums en témoignent. Un autre type de voyage peut également être entrepris, celui de l'étude qui mobilise le savoir de l'anthropologue ou de l'historien. C'est à ce voyage dans le temps, sur les chemins d'un passé dont l'islam d'aujourd'hui ne cherche guère à se ressouvenir, que nous invite Jacqueline Chabbi, auteur duSeigneur des Tribus, l'islam de Mahomet (Noêsis, 1997). La Mecque, cité interdite L'interdiction d'entrée sur le territoire de la cité mecquoise, sise à quelque distance de la mer Rouge, sur la façade occidentale de la désertique et immense péninsule d'Arabie, est censée remonter à un passage du Coran tardif qui aurait été applicable en l'an 10 de l'hégire, soit à peine une année avant la mort de Mahomet(Cor. IX, 28). Il ne s'agissait nullement comme aujourd'hui d'interdire de visite ou de séjour les sectateurs des deux autres grandes religions d'origine proche-orientale, judaïsme et christianisme, sans parler des autres, moins présentes dans ce contexte. Il est vrai que la question du tourisme culturel ou celle des voyages d'affaire ne se posait guère au début du VIIe siècle apr. J.-C. ! Leseul enjeu était local. Il concernait la rivalité toujours persistante sur la maîtrise du sacré entre les musulmans déjà « ralliés à l'alliance » du dieu de Mahomet – le terme de « converti » n'étant pas très approprié dans ce milieu sociologique – et les païens locaux qui résidaient sur place ou qui, venus d'alentour, se rendaient dans la ville pour leur pèlerinage annuel. On présume souventaujourd'hui en milieu musulman que cette période avait été un exemple de pureté et de perfection et appartenait à l'âge fondateur par excellence de l'islam ; néanmoins, il faut savoir que les sectateurs des divinités tribales masculines ou féminines du cru continuaient à accomplir leurs rites propres au cœur de La Mecque, parallèlement au rituel musulman qui commençait à se mettre en place. Le pèlerinagemecquois de l'époque est demeuré multiconfessionnel presque jusqu'à la fin de la période dite prophétique, c'est-à-dire durant la presque totalité de la vie de Mahomet.

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De plus, en dehors de la période du pèlerinage, la coexistence entre musulmans et non musulmans demeurait la règle sur le territoire mecquois aussi bien qu'à Médine. Personne ne se trouvaitinterdit d'entrée, du moins pour des raisons de croyance et de religion ! Quant à Médine, elle n'est devenue territoire interdit et ville sainte que dans un contexte musulman largement postcoranique. Cela ne fut jamais le cas à l'époque de Mahomet. D'ailleurs, contrairement à La Mecque avec la Ka‘ba, l'oasis de Médine n'avait jamais auparavant constitué une enclave sacrée, comme il en existait un...
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