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  • Publié le : 3 avril 2011
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Qui va garder les enfants ?
Xavier Molénat
La garde des enfants de moins de 3 ans reste pour l’essentiel une prérogative maternelle. Mais des considérations économiques pourraient changer la donne. Car, paradoxalement, cette situation se révèle fort coûteuse pour la collectivité… L’occasion de repenser les fonctionnements de l’État providence ?
Pour garder bébé, ce serait toujours à maman dese dévouer ? À en croire les sondages, cette idée serait sur le point d’être envoyée aux oubliettes de l’histoire. Ainsi, alors qu’en 2000, 47 % des Français estimaient que, s’il fallait qu’un des deux parents s’arrête de travailler pour s’occuper des enfants, c’était la mère qui devait le faire, ils n’étaient plus que 37 % à en être convaincus en 2006. Ils étaient en revanche une majorité (54 %) àpenser que les hommes doivent bénéficier d’un aménagement du temps de travail au même titre que les femmes (48 % en 2000). Les pères eux-mêmes ne sont plus que 30 % à ne pas envisager pouvoir interrompre leur activité professionnelle pour garder leur(s) enfant(s). 20 % d’entre eux se déclarent même prêts à l’interrompre durant trois ans ou plus s’il le fallait (1) !
Une révolution serait-elle enmarche ? Pas tout à fait. Car si dans la bataille des idées le front avance à grands pas, les pratiques, elles, progressent beaucoup plus lentement. Plus de 96 % des bénéficiaires des allocations pour congé parental versées par l’État sont des femmes. La petite minorité d’hommes qui en bénéficient présente quant à elle un profil tout à fait particulier. Bref, ce sont encore largement les femmesqui assument la flexibilité nécessaire pour s’occuper des enfants. Ce dans un contexte où, malgré des progrès, les structures collectives de garde, bien qu’elles soient plébiscitées par les parents, ne peuvent accueillir qu’environ 10 % des enfants (graphique 1 ci-dessous).
Une politique qui a trop bien réussi ?
Les choses seraient-elles alors condamnées à rester figées ? En fait, si l’idéalégalitaire ne semble pas suffisamment mobilisateur à lui seul, il se pourrait qu’une tout autre considération fasse évoluer la situation : l’efficacité économique. De plus en plus de sociologues et d’économistes estiment en effet que les politiques publiques de la petite enfance françaises comportent de nombreux effets pervers. Et qu’une plus grande participation des hommes et des institutionspubliques serait non seulement juste, mais pourrait même s’avérer, à terme, rentable…
Au cours des dernières décennies, la société française, en matière de garde des jeunes enfants (moins de 3 ans), a essentiellement incité les parents (dans les faits, on l’a vu, la mère) à suspendre leur activité professionnelle pour se consacrer à leur progéniture. Ceci à travers un système d’allocations relativementgénéreux (550 euros mensuels actuellement), versées sur une longue durée (trois ans à partir du deuxième enfant). Un dispositif qui s’appuie donc sur une conception traditionnelle des rôles familiaux et qui, de prime abord, semblait nettement moins coûteux que la création de places dans les crèches. De plus, étant donné le taux élevé de chômage que connaissait le pays, on pouvait donner à cetteorganisation une justification économique : l’emploi étant rare, autant inciter les mères à se retirer du marché du travail et à laisser (provisoirement) la place à d’autres.
Cette politique a en un sens trop bien marché puisque les femmes ont répondu très positivement à cette incitation. L’économiste Thomas Piketty a ainsi montré qu’en 1994, lorsque l’allocation parentale d’éducation (APE) a étéétendue aux mères de deux enfants dont au moins un de moins de 3 ans, le taux d’activité de ces dernières, alors qu’il ne cessait de progresser, est passé très rapidement de 69 % (mars 1994) à 53,5 % (mars 1997). Le même niveau que quinze ans auparavant, alors que le taux d’activité des mères qui n’étaient pas concernées par la mesure a, lui, continué de croître (2)... 
Un sas vers l’inactivité...
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