Moha le fou, moha le sage

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  • Publié le : 10 mai 2011
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Dans une interview pour la revue française Lire, vous avez dit: «La littérature ne change ni l'homme ni la société, pour autant l'absence de littérature rendrait l'homme encore plus infréquentable». A votre avis à quoi sert la littérature ? La littérature est nécessaire lorsqu'elle se présente sous forme de romans historiques ou de fiction. Il faut préciser que l'impact n'est pas immédiat, lalittérature sert à façonner les mentalités et des fois donne des idées pour changer la société.
Cela étant, il est clair que la littérature seule, ne pourra changer aucune société. Les idées, les actes, les hommes, l'économie et la politique participent et se conjuguent pour parvenir au changement.

Est-ce le cas pour la société marocaine ?

Le Maroc ne fait pas l'exception. Vous savez, mêmeles personnes qui n'ont pas eu la chance d'apprendre à lire et à écrire ont leur propre manière de consommer la littérature, leur propre culture, la société marocaine vit avec ce besoin de rêve, de l'ailleurs. On dit que les gens lisent moins qu'avant, pourtant les écrits sont de plus en plus nombreux aussi bien en arabe qu'en français. Au Maroc, on a négligé cet aspect essentiel de la viequotidienne qui est la lecture comme réflexe quasi automatique chez les enfants et les adultes et ce n'est pas trop tard pour y remédier.

Une société qui ne lit pas est une société qui se fait mal.
En général, on essaie d'y remédier à travers la lecture des journaux, certes c'est une bonne chose mais ce n'est pas de la littérature.

Ceci n'est-il pas lié au prix du livre encore cher par rapport auniveau de vie ?

Non, ce n'est pas une question de prix ou d'argent, il y a les bibliothèques, les livres de poches. Malheureusement, au Maroc, ceux qui ont les moyens n'achètent pas les livres et ceux qui veulent lire n'ont pas les moyens. C'est une éducation qui nous manque. Si les parents ne lisent pas, les enfants risquent de ne pas ouvrir un livre.

Vos écrits sont en majorité puisésdans la société marocaine, est-ce votre petit " laboratoire social " ?

Un écrivain est forcément un témoin d'abord de la société et ensuite de son époque. Un témoin pas toujours objectif mais qui essaye de raconter des histoires et taquiner les consciences. Depuis toujours, la société marocaine a constitué une profonde source d'inspiration à commencer par l'histoire du pays.

Je suis tout letemps à l'écoute de ce qui se passe au Maroc, j'y passe cinq mois par an et à chaque fois, je me retrouve à l'écoute et très attentionné à tout ce qui se passe autour de moi. J'observe et c'est ce qui anime en moi, cette envie d'écrire. C'est une société qui a un imaginaire très riche et on a beaucoup de choses à raconter.

Mais ce n'est pas forcément réjouissant de dévoiler ce que la sociétén'accepte pas ?

L'écrivain, c'est justement celui qui dévoile. Il décrit. Le poète et l'homme de théâtre aussi. Il s'empare de ce que la société ne veut pas voir et essaie de dissimuler pour le montrer, l'exposer à travers sa vision. Tout comme l'architecte qui a besoin de matériaux de base pour construire une maison, l'écrivain a besoin de savoir ce que pensent les Marocains.

Toutefois, jene prétends pas maîtriser tout ce qui se passe dans la société. Je pense avec toute modestie que je suis à l'écoute de cette société et j'essaie de traduire ce que je vois, j'entends. Je traduis aussi le silence, les non dits, les tensions... Il faut bien reconnaître qu'un écrivain n'est pas un photographe et donc, il ne peut pas tout retracer fidèlement, il invente à partir du réel.

Commentdécrirez-vous la situation actuelle au Maroc ?

Il y a une évolution notable et visible. Elle n'est sans doute pas totale, elle est même lente et partielle mais importante. Je pense que le nouveau code de la famille est un grand pas vers le progrès et le respect des Marocains, il y a un autre progrès qui n'a aucun lien avec les lois et décrets, il s'agit des mentalités et c'est un travail qui...
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