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  • Publié le : 6 décembre 2009
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Matières premières vendredi4 décembre 2009

Les multinationales lorgnent sur le lithium bolivien

Par Pierre Bratschi, La Paz
A la veille d’une élection dont il est le favori, le président Evo Morales déclare que la richesse du sol doit profiter d’abord au pays. Mais il doit faire vite
Sergio n’en croit pas ses yeux, une usine sur «son» salar. Comme son père, songrand-père et des générations de Boliviens, il exploite le sel du lac salé d’Uyuni, le plus grand du monde. Bon an mal an, ce sont en moyenne 25 000 tonnes de sel que ses compagnons extraient péniblement du salar perché à 3700 mètres au milieu des Andes.

Rien, comparé à ce que laisse présumer la présence de cette usine pilote lancée par Evo Morales. Car depuis que son gouvernement a prisconscience du trésor qui est enfoui sous le lac immaculé, le président bolivien a décidé de passer la vitesse supérieure. Le salar d’Uyuni contient la plus grande réserve connue du monde de lithium, 100 millions de tonnes. La grande capacité de stockage des batteries au lithium fait de ce métal l’élément indispensable des futures voitures électriques. Sans lithium pas de voiture propre, pas dediminution des émissions de gaz à effet de serre. Indispensable à tel point que les grands groupes automobiles ont déjà presque tous rendu visite au président Morales. Le plus entreprenant a été sans aucun doute le groupe français Bolloré, un groupe spécialisé dans l’extraction et la transformation de métaux et impliqué dans la production de la Bluecar, la nouvelle voiture électrique hexagonale. Enavril, une délégation du groupe a fait le voyage à La Paz pour remettre au président bolivien un projet de construction d’une usine d’extraction du lithium et de production de batteries. Un projet devisé à 800 millions de francs.

«Nous voulons des partenaires, non des propriétaires. Le lithium doit rester bolivien.» Mais Evo Morales est méfiant. Les élections sont pour ce week-end. Lors de lacampagne électorale, il a promis que l’or gris ne tombera pas dans les mains des multinationales comme ce fut le cas pour les hydrocarbures et les métaux précieux. Interrogé sur l’avenir du lithium, le président l’a dit et répété au cours de la campagne, «nous voulons des partenaires, non des propriétaires. Le lithium doit rester bolivien, et son exploitation doit profiter aux Boliviens.»S’ils n’ont pas pu arracher à Evo Morales un contrat en bonne et due forme, les groupes étrangers auront tout de même réussi à convaincre le président de faire vite. Dans moins de 10 ans, les voitures électriques seront au point et il faudra du lithium, beaucoup de lithium, d’ailleurs toute la production du salar d’Uyuni pourrait ne pas suffire. La production de batteries à grande échelle prendra dutemps, et c’est pourquoi le gouvernement a donné son aval à la construction d’une usine pilote qui, dès l’année prochaine, devrait produire 40 tonnes de lithium par année.

Deux autres menaces pèsent sur le lithium bolivien. Premièrement, un gisement presque aussi grand et beaucoup plus facile d’accès que celui d’Uyuni a été découvert en octobre au Mexique, et deuxièmement les Coréensprétendent avoir mis au point une technique pour extraire le lithium quasi inépuisable de l’eau de mer. Deux annonces qui ne font pas les affaires de la Bolivie. Plus son président perdra de temps, plus il lui sera difficile de faire accepter ses conditions pour l’exploitation du salar d’Uyuni. L’argument d’une exploitation qui bénéficiera à la population et non aux intérêts privés risque de ne pasconvaincre les investisseurs.

Le rêve d’Evo Morales de transformer son pays en Bolivie saoudite risque alors de tourner court. Les petits-enfants de Sergio pourraient avoir encore bien des jours salés devant eux.

[pic]© 2009 Le Temps SA

|Bolivie: attention le 5/6 décembre 2009, élection présidentielle! |[|
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