Montaigne cannibales

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  • Publié le : 23 juin 2010
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Mon Dieu, ma bonne, que votre ventre me pèse ! et que vous n’êtes pas seule qu’il fait étouffer ! Le grand intérêt que je prends à votre santé me ferait devenir habile, si j’étais auprès de vous. Jedonne des avis à la petite Deville qui feraient croire à Mme Moreau que j’ai eu des enfants. En vérité, j’en ai beaucoup appris depuis trois ans. Mais j’avoue qu’auparavant cela l’honnêteté et lapréciosité d’un long veuvage m’avaient laissée dans une profonde ignorance ; je deviens matrone à vue d’oeil.
Vous avez M. de Coulanges présentement, qui vous aura bien réjoui le cœur ; mais vous nel’aurez plus quand vous recevrez cette lettre. Je l’aimerai toute ma vie du courage qu’il a eu de vous aller trouver jusqu’à Lambesc ; j’ai fort envie de savoir des nouvelles de ce pays-là. Je suis accabléede celles de Paris ; surtout la répétition du mariage de Monsieur me fait sécher sur le pied. Je suis en butte à tout le monde, et tel qui ne m’a jamais écrit s’en avise, pour mon malheur, afin de mel’apprendre. Je viens d’écrire à l’abbé de Pontcarré que je le conjure de ne m’en plus rompre la tête, et de la Palatine qui va quérir la princesse, et du maréchal du Plessis qui va l’épouser à Metz,et de Monsieur qui va consommer à Châlons, et du Roi qui les va voir à Villers-Cotterets ; qu’en un mot, je n’en veux plus entendre parler qu’ils n’aient couché et recouché ensemble ; que je voudraisêtre à Paris pour n’entendre plus de nouvelles ; qu’encore, si je me pouvais venger sur les Bretons de la cruauté de mes amis, je prendrais patience, mais qu’ils sont six mois à raisonner sans ennuisur une nouvelle de la cour, et à la regarder de tous les côtés, que pour moi, il me reste encore quelque petit air du monde, qui fait que je me lasse aisément de tous ces dits et redits. En effet, jeme détourne des lettres où je crois qu’on m’en pourrait parler encore, et je me jette avidement et par préférence sur les lettres d’affaires. Je lus hier avec un plaisir extrême une lettre du...
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