Montaigne et la mort

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  • Publié le : 17 janvier 2010
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« C'est bien là une chose dont les autres risquent de ne pas avoir conscience : que tous ceux qui s'appliquent à la philosophie et s'y appliquent droitement ne s'occupent de rien d'autre que de mourir et d'être morts ».

Platon, Phédon, 64a-b (trad. Monique Dixsaut)
Plan
 

Introduction 2

1) Qu’est-ce que mourir en 1580 ? 3

2) l’écriture comme projet : première réponse 4

3) lesdeux méthodes (préparation et diversion) : deuxième réponse 4

4) exercitation : troisième réponse 5

5) l’écriture comme geste : quatrième réponse 6

Conclusion : la mort et la place de la pensée 7
 
 
 
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Remarque : toutes les références aux textes de Montaigne, ainsi qu’aux deux témoignagesliminaires de Pierre de Brach et Etienne Pasquier, renvoient à l’édition classique dite Villey-Saulnier des Essais de Montaigne (grande édition en 2 volumes ou reprise en Quadrige en 3 volumes - pagination identique) : j’indique le livre des Essais, puis le numéro du chapitre, puis la page. J’ai modernisé l’orthographe.
Le lecteur pardonnera le style télégraphique utilisé dansle texte qui suit.
 
 
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Introduction

 
 
Partons des deux témoignages contrastés suivants sur la mort de Montaigne :
- Pierre de Brach, p. 1203 ; texte de 1593
- Etienne Pasquier, p. 1209 ; texte de 1619
 - Deux textes très différents et qui relèvent pourtant d’un genre commun : la « lettre sur la mort de » ; cf. Montaigne sur la mort de La Boétie, ou Pascal sur la mort de son père. Sans être de M., et pour cause, ces témoignages sont comme un prolongement textuel du texte de M. « consubstantiel à son auteur ». Textes à la fois codés et pourtant sincères. Aucun des deux témoinsn’a assisté en personne à la mort de M. Aucun témoignage direct. Nul témoignage de Marie de Gournay, la fille d’alliance de M.
( de Brach nous présente une mort toute philosophique ; la vie de M. se prolonge dans son livre
( Pasquier nous présente une mort chrétienne ; le livre de M. se prolonge dans sa mort
Au total on ne sait pas commentest mort le philosophe qui y avait tant pensé ; mais apparemment sa mort n’a pas démenti sa vie. « Toute mort doit être de même sa vie [conforme à la vie]. Nous ne devenons pas autres pour mourir. J’interprète toujours la mort par la vie » (II .11.425)
 
Ces contradictions des témoignages disent quelque chose, dans leur statut semi-hagiographique,semi-légendaire, de la pensée de M. Son rapport à la mort est disons (en un premier temps) contradictoire ; ce qui pourrait consoner avec son scepticisme supposé. Nous verrons qu’on peut envisager les choses autrement. La pensée sur la mort ne peut pas être une pensée unifiée : d’emblée la pensée de M. est divergente, plutôt que contradictoire, polyphonique ou hétérophonique. Cette divergence n’est pasaccidentelle, un trait de l’homme Montaigne, une marque de scepticisme ; elle est quelque chose d’essentiel dans toute pensée de la mort.
( Y a-t-il une pensée de la mort, au sens où la mort serait un objet de pensée ? Y a-t-il un enracinement de la pensée dans la conscience de sa mortalité ? Ou n’y aurait-il pas au contraire nécessité, pour penser vraiment, d’écarter cet obstaclequ’est la mort, la peur de la mort, et donc aussi la préparation à la mort ?
 
Je voudrais évoquer deux pensées, pour encadrer notre réflexion, pour inscrire Montaigne dans un cadre philosophique large.
 
- Jankélévitch : la mort ne donne rien à penser : « En vérité, c’est la pensée même de la mort qui est une pensée...
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