Montaigne, les essais, livre i, chapitre xxvi, commentaire composé

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  • Publié le : 6 décembre 2010
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« Qu'il lui fasse tout passer par l'étamine, et ne loge rien en sa teste par simple autorité, et à crédit. Les principes d'Aristote ne lui soient principes, non plus que ceux des Stoïciens ou épicuriens : Qu'on lui propose cette diversité de jugements, il choisira s'il peut : sinon il en demeurera en doute. Il n’y a que les fols certains et résolus. Che non men che saper dubbiar m'aggrada.Cars'il embrasse les opinions de Xenophon et de Platon, par son propre discours, ce ne seront plus les leurs, ce seront les siennes. Qui suit un autre, il ne suit rien : Il ne trouve rien : voire il ne cherche rien. "Non sumus sub rege, sibi quisque se vindicet." « Que chacun s’affranchisse et se donne à soi-même : nous ne vivons pas sous un roi » .Qu'il sache, qu'il sait, au moins. Il faut qu'ils'emboive leurs humeurs, non qu'il apprenne leurs préceptes : Et qu'il oublie hardiment s'il veut, d'où il les tient, mais qu'il se les sache approprier. La vérité et la raison sont communes à un chacun, et ne sont non plus à qui les a dites premièrement, qu'à qui les dit après. Ce n'est non plus selon Platon, que selon moi : puis que lui et moi l'entendons et voyons de même. Les abeilles pillotent deçàdelà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur ; ce n'est plus thym, ni marjolaine : Ainsi les pièces empruntées d'autrui, il les transformera et confondra, pour en faire un ouvrage tout sien : à savoir son jugement. Son institution, son travail et étude ne vise qu'à le former.Qu'il cèle tout ce duquel il a été secouru, et ne produise que ce qu'il en a fait. Les pilleurs,les emprunteurs, mettent en parade leurs bâtiments, leurs achats, non pas ce qu'ils tirent d'autrui. Vous ne voyez pas les épices d'un homme de parlement : vous voyez les alliances qu'il a gagnées, et honneurs à ses enfants. Nul ne met en compte publique sa recette : chacun y met son acquêt.

Le gain de notre étude, c'est en être devenu meilleur et plus sage. »

I. L’institution desenfants

1. Un enseignement par un précepteur (ni force ni collège)

2. Privilégiant la diversité et le choix

3. Afin de permettre le jugement

II. Rapport ambigu avec les Anciens

1. Une référence obligée (Platon, interlocuteur privilégié)

2. Mais mise à distance (critique de la dispute scolastique, du pédantisme)

3. Jusqu’à en oublier même la référence

III.De l’esprit humaniste de

la renaissance

1. Confiance en l’Homme

2. Pédagogie centrale (Cf. Gargantua de Rabelais)

3. Justification du projet d’écriture

En mars 1580 Montaigne publia ses Essais « un livre de bonne foi » où il ne s’est « proposé aucune fin, que domestique et privée ». C’est fidèle à cette annonce qu’il écrit le chapitreXXVI, « De l’institution des enfants » pour Diane de Foix, alors enceinte de son premier enfant. « Mais, à la vérité, je n’y entends sinon cela, que la plus grande difficulté et importance de l’humaine science semble être en cet endroit où il se traite de la nourriture et institution des enfants ». Quelle est cette pédagogie proposée et comment se forge-t-elle dans le courant humaniste parcourantl’Europe à ce moment? Dans un premier temps nous rattacherons cet extrait au titre du chapitre, à savoir en quoi consiste cette institution, ensuite nous relèverons la relation ambigüe que Montaigne entretient avec les Anciens et enfin nous verrons quelle place est tenue par cet essai en ce siècle de Renaissance.



Bien que cet extraitapparaisse dans un essai s’intitulant « De l’institution des enfants », Montaigne envisage un programme de formation qui concernerait d’abord le maître « Qu’il lui fasse ». Dès la première phrase l’ambiguïté est permise, notamment dans l’indécision quant au pronom personnel ‘lui’ dans « les principes d’Aristote ne lui soient principes ». Ce ‘lui’ ne se limite-t-il qu’à l’enfant ? Aux vues des...
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