Montesquieu

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  • Publié le : 11 novembre 2009
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Montesquieu considère la démocratie comme une forme de gouvernement au sein d’une nouvelle classification des régimes. Il élabore une typologie tripartite qui distingue républiques, monarchies et États despotiques ; celle-ci se substitue à la typologie classique qui distinguait la monarchie (où un seul homme gouverne), l’aristocratie (où un petit nombre gouverne), la politie (où le grand nombregouverne), et leurs formes corrompues (la tyrannie, l’oligarchie, et la démocratie) où ceux qui gouvernent le font en vue de leurs propres intérêts. Montesquieu distingue également, au sein de la république, deux systèmes de gouvernement, le régime démocratique et le régime aristocratique : « lorsque, dans la république, le peuple en corps a la souveraine puissance, c’est une démocratie. Lorsque lasouveraine puissance est entre les mains d’une partie du peuple, cela s’appelle une aristocratie » (EL, II, 2). Prônant la modération, il suggère que chaque régime républicain se renforce en évitant l’excès qui le caractérise. Ainsi, la république démocratique doit éviter les formes d’égalité qui par un nivellement trop important sapent toute autorité, et la république aristocratique atteint laperfection lorsqu’elle se rapproche le plus de la démocratie (EL, II, 2, 3).
2Dans L’Esprit des lois, l’utilisation des exemples classiques permet de brosser le tableau d’un régime reposant sur l’amour de l’égalité et de la frugalité, sur l’éducation destinée à renforcer le patriotisme, ou encore sur l’utilisation de l’ostracisme (EL, III, 2 ; IV, 5-8; V, 2-6 ; XII, 19). Bien qu’il décrive ladémocratie comme un régime exigeant un pénible renoncement à soi, qui n’est possible que par l’usage d’« institutions singulières » afin d’encourager le dévouement aux besoins communs, certaines de ses remarques témoignent de l’admiration qu’il éprouve pour l’esprit de la démocratie ancienne – au point que certains de ses lecteurs ont pu penser qu’il était partisan de la démocratie. Ainsi DavidLowenthal conclut que « Montesquieu considère la démocratie comme la meilleure des quatre formes de gouvernement, à la fois à cause de la qualité morale de ses citoyens et de la liberté et de la sécurité qu‘elle leur procure » (Lowenthal, p. 259). Nannerl Keohane suggère pour sa part que l’éloge décerné à William Penn pour la fondation d’une communauté vertueuse au milieu de « la corruption des tempsmodernes » ainsi que les louanges accordées à la république moderne de Berne, en Suisse, permettent de conclure que Montesquieu « était convaincu qu’il existait certaines conditions sous lesquelles de tels régimes [démocratiques] pouvaient devenir pertinents pour un peuple et qu’il se trouvait certains hommes extraordinaires qui pouvaient les réaliser. » (Keohane, p. 384 et 395, citant L’Esprit deslois, IV, 6; Romains, IX ; Pensées, n° 185).
3Les commentateurs concluent le plus souvent que selon Montesquieu, la démocratie ne convient pas aux États modernes dont les sujets sont détournés des vertus civiques par la production, le commerce, la finance et les richesses (EL, III, 3 ; VIII, 16 ; Shackleton, 1961, p. 277 ; Carrithers, 2002, p. 110-113 ; Rahe, 2002, p. 73). Ainsi L’Esprit des loisévoque avec curiosité, admiration et respect ces « vertus héroïques que nous trouvons dans les anciens, et dont nous avons seulement entendu parler » (EL, III, 5), tout en faisant état d’un gouffre entre les anciens et les modernes : « Quand on pense à la petitesse de nos motifs, à la bassesse de nos moyens, à l’avarice avec laquelle nous cherchons de viles récompenses, à cette ambition sidifférente de l’amour de la gloire, on est étonné de la différence des spectacles, et il semble que, depuis que ces deux grands peuples ne sont plus, les hommes se sont raccourcis d’une coudée. » (Pensées, n° 221).
4Ce concept de la république démocratique tient à l’immersion de Montesquieu dans la pensée politique de Platon et d’Aristote dans les années 1730 (Shackleton, 1961, p. 265). Telle est la...
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