Mort de manon

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  • Publié le : 2 juin 2010
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Profil d’une oeuvre: la mort de Manon (de «Pardonnez, si j’achève en peu de mots» à «Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse»). Sobriété et pathétique caractérisent cette scène finale, dans laquelle on peut rechercher le sens de l’aventure des deux amoureux.

La sobriété du récit Comparé à la mort des héroïnes de Julie ou la nouvelle Héloïse (Rousseau), Paul et Virginie(Bernardin de Saint-Pierre), Atala (Chateaubriand), ce récit d’agonie se distingue par son économie. Pas de longues scènes coupées de narration, pas de débats religieux, ni révélations, ni révoltes (Julie, Atala), pas de postures mélodramatiques (Virginie se jetant de la proue du navire face à la foule). Certes, Des Grieux prépare l’événement, notamment par les hyperboles ( «un récit qui me tue»,» unmalheur qui n’eut jamais d’exemple».) Mais on est frappé par la douceur de Manon et sa passivité face à son destin. Elle meurt d’épuisement physique et moral, sans sursaut. Seuls quelques signes corporels révèlent à Des Grieux l’approche de la mort : mains «froides et tremblantes», «voix faible», «soupirs fréquents»,» silences», «serrement de ses mains». Les efforts de Manon pour s’exprimer seréduisent à une annonce à laquelle, tout d’abord, il n’accorde pas d’importance et rapportée au style indirect ( «elle me dit, d’une voix faible, qu’elle se croyait à sa dernière heure»), puis à des «expressions» et «marques d’amour» dont nous ne saurons rien. Des Grieux, des mois après les faits, reste incapable de raconter en détail leur ultime adieu, réduit à des chuchotements. Il s’en excuse auprèsde ses auditeurs à trois reprises : «Pardonnez, si j’achève en peu de mots», «N’exigez point de moi», «c’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre». Cette difficulté à dire l’indicible de la séparation est surtout perceptible dans la phrase la plus lapidaire, qui intervient au moment fatal : «je la perdis». Jamais le mot de mort n’est d’ailleurs prononcé, seul apparaît le verbe «expirer».Des Grieux recourt en revanche à de nombreux euphémismes : «un malheur», «à sa dernière heure», «la fin de ses malheurs approchait», «je la perdis», «fatal et déplorable événement», «mon âme ne suivit pas la sienne». Une mort pathétique Trois éléments favorisent l’émotion des auditeurs et des lecteurs : l’attitude édifiante de l’héroïne, qui n’a plus rien d’une créature frivole et cruelle ; laqualité de l’amour qui unit les deux amants ; la narration par le seul témoin direct, qui revit de l’intérieur ce moment terrible. Attitude édifiante de Manon : nous avons vu la douceur et la résignation touchantes de l’héroïne. L’amour, l’abnégation ont pris possession d’elle au point que son dernier acte est un don, une preuve ultime de son attachement : «je reçus d’elle des marques d’amour, aumoment même qu’elle expirait». Qualité de l’amour qui unit les deux amants : on peut noter qu’aucun des deux ne regrette l’aventure qui les a liés, pour leur malheur. Leur attachement réciproque est au contraire réaffirmé, notamment par les mots «ma chère maîtresse», «les tendres consolations de l’amour», «les marques d’amour». La narration : toute la scène est racontée du point de vue de Des Grieux («nous» n’apparaît qu’une fois, «elle» sept fois, «je» une vingtaine de fois) et des conséquences qu’elle a eues pour lui. On peut dire que lui-même, comme il le suggère dans les premier et dernier paragraphes, est mort à cette occasion, et qu’il n’est plus désormais qu’un mort-vivant : «un récit qui me tue», «toute ma vie est destinée à la pleurer», «j’ai traîné, depuis, une vie languissante etmisérable. Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse». L’interférence entre le temps de l’agonie, celui du

récit fait à Calais, et le temps à venir, contribue au pathétique : il permet de constater à quel point la vie de Des Grieux est à jamais dévastée par la mort de Manon. Le sens de la mort de Manon Rien, dans le roman ni dans l’Avis, n’évoquait précisément l’issue concrète...
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