Mort et résurrection de léopoldine dans les contemplations de victor hugo

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  • Publié le : 10 mars 2009
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Sylvie Bruttin mars 2007
E.mail: sylviebruttin@yahoo.fr
Français: module AB5

Mort et résurrection de Léopoldine Hugo dans Les Contemplations

En 1856, Victor Hugo publie Les Contemplations qui se donnent à lire comme une autobiographie universelle. Le poète y conte les joies et lespeines forgeant une destinée non pas individuelle mais commune à l'ensemble du genre humain. Le recueil se scinde en deux volumes: « Autrefois » et « Aujourd'hui ». La première partie s'étend de 1830 à 1843, l'auteur y retrace sa jeunesse, ses combats littéraires ainsi que ses rêves. Puis, le fil narratif se brise illustrant une rupture dans la vie de Hugo. Lors d' une promenade en barque, la filleaînée du poète, accompagnée de son époux, se noient dans la Seine. L'impensable se produit le 4 septembre 1843. Le tombeau de Léopoldine est figuré dans la coupure partageant Les Contemplations en deux parties. Le temps se déchire, « Aujourd'hui » est circonscrit entre 1843 et 1856 ,et se décrit comme le livre du deuil où l'énonciateur attend une mort porteuse d'un renouveau. Notre travailconsistera à analyser la représentation de la mort de Léopoldine ainsi que la mise en scène de sa résurrection à travers différents poèmes. Puis, nous nous interrogerons sur l'orchestration du décès et de la renaissance à travers l'architecture du recueil. Enfin, nous observerons de quelles manières la perte de l'enfant influe sur la figuration même du « je » des Contemplations.

Dans LesContemplations, Hugo ne fait qu'implicitement référence à sa fille. Seuls quatre poèmes lui sont directement adressés, sans pour autant que son prénom n'apparaisse sous la plume du poète. Il s'agit de : « A ma fille », « 15 février 1843 », « Demain dès l'aube » ainsi qu' « A celle qui est restée en France ». Cependant, l'ombre de Léopoldine plane en filigrane sur de nombreuses pièces du recueil comme dans« Claire P. ». Ce texte fait partie d' « Aujourd'hui », le livre du deuil, il a pour fonction de rappeler au lecteur la mort de Léopoldine. Le décès de la fille de Juliette Drouet évoque immanquablement le drame similaire vécu par Hugo. De plus, il y a rapprochement entre les défuntes de par leur extrême jeunesse et également par les adjectifs dont le poète use pour les décrire : toutes deux sontblanches et gaies. Nous remarquerons encore que Victor Hugo et sa maîtrese adoptent la même attitude face à leur enfant qui n'est pas considéré comme mort mais endormi. Ainsi, Juliette Drouet s'adresse en ces termes à sa fille: « Claire, tu dors. (...) je ne puis pas réveiller mon enfant. »[1] Nous retrouvons des propos identiques dans « A celle qui est restée en France » où Hugo interroge Léopoldine :« Pourquoi donc dormais-tu d'une façon si dure / que tu n'entendais pas lorsque je t'appelais? »[2]. Le rapprochement se poursuit lorsque Hugo mentionne la mort du père de Claire. Si James Pradier est réellement décédé, le poète l'est symboliquement parce qu'il se voit exilé mais surtout car sa fille a emporté le coeur paternel dans le tombeau. Ainsi donc, la mort de Léopoldine se reflète danscelle de Claire.

Si « Aujourd'hui » a pour fonction de remémorer le décès de Léopoldine, « Autrefois » le prédit. « Le revenant » met en scène la douleur d'une mère en deuil. Celle-ci loge à Blois, village où le père de Hugo a vécu. Outre le détail biographique qui ancre le poème dans la réalité, nous observons une relation métonymique entre Hugo et cette femme puisque « sa maison touchait àcelle de mon père. »[3] Tous deux sont donc unis par un lien qui s'amplifie au fil du poème et finit par prophétiser la mort de Léopoldine. Nous découvrons la même stratégie que précédemment, le petit garçon a les pieds roses annonçant ici l'incipit de Pauca meae,VII: « Elle était pâle et pourtant rose »[4] . Par ailleurs, les deux enfants ont les mêmes lectures. Ainsi, la mère faisait épeler...