Moyen age

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Le Roman de Tristan et Iseut/Texte entier
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Le Roman de Tristan et Iseut
Joseph Bédier
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À

MON CHER DU TERTRE

hommage filial

JOSEPH BÉDIER

Ce travail de reconstitution de lacélèbre légende française, d’après les fragments conservés de poèmes français du douzième siècle et leurs imitations étrangères, a été entrepris par Joseph Bédier, sur l'initiative de Henri Piazza.
l’éditeur

Joseph Bédier
Le Roman de Tristan et Iseut
H. Piazza, 191?. (pp. 5-19).

PRÉFACE

J’ai le plaisir de présenter aux lecteurs le plus récent des poèmes que l’admirable légende de Tristan etIseut a fait naître. C’est bien un poème, en effet, quoiqu’il soit écrit en belle et simple prose. M. Joseph Bédier est le digne continuateur des vieux trouveurs qui ont essayé de transvaser dans le cristal léger de notre langue l’enivrant breuvage où les amants de Cornouailles goûtèrent jadis l’amour et la mort. Pour redire la merveilleuse histoire de leur enchantement, de leurs joies, de leurspeines et de leur mort, telle que, sortie des profondeurs du rêve celtique, elle ravit et troubla l’âme des Français du douzième siècle, il s’est refait, à force d’imagination sympathique et d’érudition patiente, cette âme elle-même, encore à peine débrouillée, toute neuve à ces émotions inconnues, se laissant envahir par elles sans songer à les analyser, et adaptant, sans y parvenir complètement,le conte qui la charmait aux conditions de son existence accoutumée. S’il nous était parvenu de la légende une rédaction française complète, M. Bédier, pour faire connaître cette légende aux lecteurs contemporains, se serait borné à en donner une traduction fidèle. La destinée singulière qui a voulu qu’elle ne nous parvînt que dans des fragments épars l’a obligé de prendre un rôle plus actif, pourlequel il ne suffisait plus d’être un savant, pour lequel il fallait être un poète. Des romans de Tristan dont nous connaissons l’existence, et qui tous devaient être de grande étendue, ceux de Chrestien de Troyes et de La Chèvre ont péri tout entiers ; de celui de Béroul, il nous reste environ trois mille vers ; autant de celui de Thomas ; d’un autre, anonyme, quinze cents vers. Puis ce sont destraductions étrangères, dont trois nous rendent assez complètement pour le fond, mais non pour la forme, l’œuvre de Thomas, dont une nous représente un poème fort semblable à celui de Béroul ; des allusions parfois très précieuses  ; de petits poèmes épisodiques, et enfin l’indigeste roman en prose où se sont conservés, au milieu d’un fatras sans cesse grossi par les rédacteurs successifs,quelques débris de vieux poèmes perdus. Que faire en présence de cet amas de décombres, si l’on veut restaurer un des édifices écroulés ? Il y avait deux partis à prendre : s’attacher à Thomas, ou s’attacher à Béroul. Le premier parti avait l’avantage d’aboutir sûrement, grâce aux traductions étrangères, à la restitution d’un récit complet et homogène. Il avait l’inconvénient de ne restituer que lemoins ancien des poèmes de Tristan, celui dans lequel le vieil élément barbare a été complètement assimilé à l’esprit et aux œuvres de la société chevaleresque anglo-française. M. Bédier a préféré le second parti, beaucoup plus difficile et par cela même plus tentant pour son art et pour son savoir, et plus convenable aussi au but qu’il se proposait : faire revivre pour les hommes de nos jours lalégende de Tristan sous la forme la plus ancienne qu’elle ait prise, ou du moins que nous puissions atteindre en France. Il a donc commencé par traduire aussi fidèlement qu’il l’a pu le fragment de Béroul qui nous est parvenu, et qui occupe à peu près le centre du récit. S’étant ainsi bien pénétré de l’esprit du vieux conteur, s’étant assimilé sa façon naïve de sentir, sa façon simple de penser ;...
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