My antonia

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  • Publié le : 4 février 2010
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Portrait de Thésée... en Hippolyte. Les deux premiers vers répondent à une remarque d'Hippolyte, qui croit naïvement que l'affection de Phèdre s'adresse à son père ; dans un premier temps, celle-ci laisse croire que l'objet de son amour est bien Thésée. Mais l'exaltation de Phèdre transparaît dans le rythme même du vers :
"oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée.
Je l'aime [...]"(v. 634-635)
Le premier alexandrin comporte trois coupes fortes, dont une lyrique (Prince // je languis), et un rythme ternaire ascendant, avec une forte cadence majeure : le v. 634 compte 1 + 2 + 3 + 6 syllabes ; et l'amour est exprimé trois fois : languir évoque le caractère douloureux de l'amour-maladie, "brûler" introduit la métaphore du feu, très conventionnelle certes, mais qui exprime unepassion destructrice ; enfin, "aimer" - mis en valeur par l'enjambement - est un constat direct. Cette répétition traduit l'obsession de Phèdre, et son désir de communiquer ses sentiments.
Après cet aveu conforme aux attentes d'Hippolyte, vient un double portrait beaucoup plus surprenant. Ce n'est pas le Thésée actuel qu'elle aime ("non point tel que l'on vu les enfers"), et dont elle brosseune image des plus négatives : termes dépréciatifs (volage, adorateur, de mille objets divers, déshonorer la couche) qui font du héros un Dom Juan de bas étage ; allitération en fricatives méprisantes : [v] et [f] ; et voilà Thésée "exécuté" en deux vers. Non, celui qu'elle aime ("mais...", opposition renforcée par l'anaphore) c'est un Thésée ancien, fantasmatique, dont elle multiplie les qualitésen une énumération ouverte :
"mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,
charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi" (v. 638-639)
L'on remarquera l'allitération en [f], qui n'exprime plus cette fois le mépris, mais au contraire comme une douce caresse vocale, comme si elle dressait le portrait par petites touches. "fidèle" et "fier" se font écho par les sons [f], [i] et [è],tandis que "fier" et "farouche" viennent de la même racine. L'image ainsi donnée est exactement inverse de celle de Thésée : au cynisme du "don Juan" sur le retour répond la jeunesse et la fidélité du jeune homme ; alors que le premier est un prédateur continuellement en chasse, le second est adoré des femmes sans le chercher ni le vouloir. Un tel portrait est exactement celui d'Hippolyte.Enfin, l'identification du "faux Thésée" qu'elle dessine, et du vrai Hippolyte qu'elle a sous les yeux se précise aux vers 640-644. L'hypozeuxe ("tel qu'on dépeint nos Dieux, ou tel que je vous voi") compare d'abord Thésée jeune aux Dieux - pure flatterie - puis à son propre fils, ce qui lui permet d'ailleurs, pour la première fois, de rapprocher les deux pronoms je et vous. C'est un premier aveu,encore timide, mais qui se précise dès le vers suivant : "votre port, vos yeux, votre langage" constitue un rythme ternaire ascendant, qui prête au père les traits du fils, et une énumération ouverte ; au vers suivant, "cette" indique peut-être un geste de Phèdre : n'oublions pas que nous sommes au théâtre, et que chez Racine, seul le texte indique, la plupart du temps, les jeux de mise en scène !On peut supposer ici que le démonstratif suggère une esquisse de caresse - et peut-être un mouvement de recul d'Hippolyte. En effet, les deux vers suivants rappellent, de manière assez conventionnelle, l'histoire du Minotaure. Ariane et Phèdre ne sont plus désignées que par une périphrase ("les filles de Minos") qui rappelle leur origine royale, et l'amour, le désir, n'est plus décrit que pareuphémisme : "digne sujet des vœux".
Dans cette première partie, Phèdre a commencé à glisser vers l'aveu, mais rien n'a encore été dit clairement : elle peut encore revenir en arrière.
Le fils substitué au père. Le vers 645 marque une rupture : Phèdre cesse complètement d'évoquer Thésée, et s'adresse directement au fils ("Que faisiez-vous...") dans une série de questions rhétoriques,...
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