Nana de zola

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  • Publié le : 11 juin 2011
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[modifier] Scène XII
MONSIEUR SORBIN, HERMOCRATE, TIMAGÈNE, UN AUTRE HOMME, PERSINET
HERMOCRATE
Non, seigneur Timagène, nous ne pouvons pas mieux choisir ; le peuple n'a pas hésité sur Monsieur Sorbin, le reste des citoyens n'a eu qu'une voix pour vous, et nous sommes en de bonnes mains.
PERSINET
Messieurs, permettez l'importunité : je viens à vous, Monsieur Sorbin ; lesaffaires d'État me coupent la gorge, je suis abîmé ; vous croyez que vous aurez un gendre et c'est ce qui vous trompe ; Madame Sorbin m'a cassé tout net jusqu'à la paix ; on vous casse aussi, on ne veut plus des personnes de notre étoffe, toute face d'homme est bannie ; on va nous retrancher à son de trompe, et je vous demande votre protection contre un tumulte.
MONSIEUR SORBIN
Quevoulez-vous dire, mon fils ? Qu'est-ce que c'est qu'un tumulte ?
PERSINET
C'est une émeute, une ligue, un tintamarre, un charivari sur le gouvernement du royaume ; vous saurez que les femmes se sont mises tout en un tas pour être laides, elles vont quitter les pantoufles, on parle même de changer de robes, de se vêtir d'un sac, et de porter les cornettes de côté pour nous déplaire ; j'ai vupréparer un grand colloque, j'ai moi-même approché les bancs pour la commodité de la conversation ; je voulais m'y asseoir, on m'a chassé comme un gredin ; le monde va périr, et le tout à cause de vos lois, que ces braves dames veulent faire en communauté avec vous, et dont je vous conseille de leur céder la moitié de la façon, comme cela est juste.
TIMAGÈNE
Ce qu'il nous dit est-il possible ?PERSINET
Qu'est-ce que c'est que des lois ? Voilà une belle bagatelle en comparaison de la tendresse des dames !
HERMOCRATE
Retirez-vous, jeune homme.
PERSINET
Quel vertigo prend-il donc à tout le monde ? De quelque côté que j'aille, on me dit partout : va-t'en ; je n'y comprends rien.
MONSIEUR SORBIN
Voilà donc ce qu'elles voulaient dire tantôt ?TIMAGÈNE
Vous le voyez.
HERMOCRATE
Heureusement, l'aventure est plus comique que dangereuse.
UN AUTRE HOMME
Sans doute.
MONSIEUR SORBIN
Ma femme est têtue, et je gage qu'elle a tout ameuté ; mais attendez-moi là ; je vais voir ce que c'est, et je mettrai bon ordre à cette folie-là ; quand j'aurai pris mon ton de maître, je vous fermerai le bec à cela ; ne vousécartez pas, Messieurs. (Il sort par un côté.)
TIMAGÈNE
Ce qui me surprend, c'est qu'Arthénice se soit mise de la partie.

[modifier] Scène XIII

TIMAGÈNE, HERMOCRATE, L'AUTRE HOMME, PERSINET, ARTHÉNICE, MADAME SORBIN, UNE FEMME avec un tambour, et LINA, tenant une affiche.

ARTHÉNICE
Messieurs, daignez répondre à notre question ; vous allez faire des règlements pour larépublique, n'y travaillerons-nous pas de concert ? À quoi nous destinez-vous là-dessus ?
HERMOCRATE
À rien, comme à l'ordinaire.
UN AUTRE HOMME
C'est-à-dire à vous marier quand vous serez filles, à obéir à vos maris quand vous serez femmes, et à veiller sur votre maison : on ne saurait vous ôter cela, c'est votre lot.
MADAME SORBIN
Est-ce là votre dernier mot ? Batteztambour ; (et à Lina) et vous, allez afficher l'ordonnance à cet arbre. (On bat le tambour et Lina affiche.)
HERMOCRATE
Mais, qu'est-ce que c'est que cette mauvaise plaisanterie-là ? Parlez-leur donc, seigneur Timagène, sachez de quoi il est question.
TIMAGÈNE
Voulez-vous bien vous expliquer, Madame ?
MADAME SORBIN
Lisez l'affiche, l'explication y est.
ARTHÉNICEElle vous apprendra que nous voulons nous mêler de tout, être associées à tout, exercer avec vous tous les emplois, ceux de finance, de judicature et d'épée.
HERMOCRATE
D'épée, Madame ?
ARTHÉNICE
Oui d'épée, Monsieur ; sachez que jusqu'ici nous n'avons été poltronnes que par éducation.
MADAME SORBIN
Mort de ma vie ! qu'on nous donne des armes, nous serons plus...
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