Narrateurs et auditeurs dans les diaboliques de barbey d'aurevilly

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  • Publié le : 10 mai 2010
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Narrateurs et auditeurs dans les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly

Cet exposé aura pour but d’étudier la structure narrative mise à l’œuvre dans les Diaboliques. Ce recueil de six récits courts offre en effet une construction narrative intéressante dans la mesure où elle est non seulement riche mais porteuse de sens, notamment parce qu’elle devient outil du dessein de l’auteur, ce que nousexpliquerons plus tard.
Nous nous pencherons dans un premier temps sur la structure des nouvelles des Diaboliques d’un point de vue formel (récit enchâssant et enchâssé et structure de la nouvelle notamment, également la théâtralité de l’oeuvre); puis nous verrons en quoi cette structure est au service du récit ; puis sur la figure du narrateur et de celle de l’auditeur à proprement parler ; etenfin sur ce que nous appellerons l’insuffisance narrative, c'est-à-dire l’incapacité du récit à répondre aux questions qu’il engendre.

Structure

- Structure formelle
La forme brève de la nouvelle impose des contraintes, notamment une contrainte temporelle qui joue un rôle essentiel dans la composition du récit : elle oblige à une concentration de l’intrigue, à une restriction du nombre depersonnages, à un rétrécissement de l’espace etc.
On trouve dans chacune des nouvelles des Diaboliques des intrigues très simples. L’intrigue du rideau cramoisi se résume en une phrase : Brassard séduit une fille de bourgeois qui meurt mystérieusement dans ses bras au cours d’une étreinte. De même pour le plus bel amour de Don Juan dont l’intrigue tient en un paragraphe que l’on trouve p134 : « Mère,c’était un soir…c’était un enfant ! ». Et il en est de même pour chaque nouvelle. Dans les diaboliques, l’importance de l’histoire elle-même se trouve diminuée par un cadre excessif qui semble envahir le récit. En cela, Barbey respecte peu les règles du genre de la nouvelle, qui impose une structure sobre et précise et une concentration absolue sur un thème ou un problème central.
Chez Barbeynous sommes bien face à une forme condensée mais plus complexe que la nouvelle. Un narrateur a recours à un deuxième narrateur (qui lui-même peut avoir recours à un narrateur) pour faire avancer l’histoire. On se trouve donc face à une structure de mise en abyme du récit, de récit enchâssant et de récit enchâssé. Raymonde Debray Genette parle de « dénivellations narratives » ou d’une « narration enpaliers » pour décrire le phénomène de la délégation narration des nouvelles.
Toutes les histoires des Diaboliques nous arrivent par, comme nous l’avons dit en cours, une « série de raconteurs qui se sont transmis les histoires les uns aux autres », par le biais de la conversation.
Un narrateur raconte une histoire à quelqu’un. Le rideau cramoisi : Un narrateur raconte l’histoire que lui araconté Brassard. Le bonheur dans le crime : Un narrateur raconte l’histoire que lui a raconté le Dr Torty. Dans le dessous de cartes, il y a un narrateur qui met en scène un homme qui raconte une histoire. (On peut même noter un troisième niveau avec l’enchâssement de la scène de manipulation du poison dans le récit de la partie du Diamant). Ce montage narratif atteint son paroxysme dans le plus belamour de Don Juan : un narrateur raconte l’histoire de Don Juan qui lui-même raconte l’histoire de la petite masque à travers les paroles rapportées de la Marquise. Timothy Unwin dira de cette nouvelle qu’ « elle fait penser à ces poupées russes cachées les unes dans les autres ». Les deux dernières nouvelles pourraient donner l’impression d’échapper à ce schéma mais on trouve bien un récitenchâssé dans le récit cadre : La duchesse de Sierra Leone raconte son histoire à Tressignies dans la vengeance d’une femme ; Mesnilgrand raconte l’histoire de la Pudica, et celle de Joséphine Tesson au cours d’un dîner dans A un dîner d’athées.
En suivant les théories de Gérard Genette, on constate que deux univers cohabitent : l’univers extra diégétique et l’univers intra diégétique.
Le récit...
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