Nationalisme

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  • Publié le : 26 mars 2010
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NATIONALISME : PHENOMENOLOGIE ET CRITIQUE

Il existe probablement autant de théories du nationalisme que de théories nationalistes. Il n’est évidemment pas question d’en rendre compte ici. On ne s’engagera pas non plus dans la fausse querelle sur la question de savoir si le nationalisme est une exacerbation pathologique du patriotisme, ou s’il en représente au contraire une mise en formedoctrinale, consciente et rigoureuse. Notons seulement, au-delà des typologies souvent extrêmement complexes proposées à ce jour1, que le nationalisme peut recevoir deux définitions principales. Dans la première de ces acceptions, il se définit comme l’aspiration plus ou moins volontaire, fondée sur des éléments objectifs ou non, d’un peuple à se constituer (ou à se rétablir) en tant que nation, le plussouvent dans un contexte perçu comme aliénant l’identité collective. Il s’impose alors comme un mouvement de construction historique. Dans la seconde définition, le nationalisme est la doctrine politique qui affirme qu’un gouvernement doit se préoccuper avant tout, voire se fonder exclusivement sur l’intérêt national. Ces deux définitions montrent d’emblée l’ambivalence du nationalisme,ambivalence directement liée à son caractère éminemment réactif. Le nationalisme apparaît le plus souvent dans des circonstances relevant de l’état d’exception au sens de Carl Schmitt. Il entend réagir contre une menace, réelle ou supposée, qui pèserait sur l’identité collective et l’empêcherait de se fonder ou d’exister en tant que nation. Le nationalisme, par exemple, se manifeste aussi bien en réactioncontre une occupation étrangère que dans une situation de colonisation, dans le cadre d’un régionalisme exacerbé, etc. Son essence est donc conflictuelle. Il a besoin d’un ennemi. Mais cet ennemi peut revêtir les formes les plus diverses. D’où la plasticité du nationalisme qui, dans l’histoire, a pu se révéler aussi bien moderne qu’antimoderne, intellectuel que populaire, de droite ou de gauche.(Durant tout le XIXe siècle, rappelons-le, le nationalisme est essentiellement libéral et républicain). La définition du nationalisme comme doctrine politique soulève d’autres problèmes. Une fois l’identité recouvrée ou la nation apparue, en quoi le nationalisme peut-il véritablement servir de principe de gouvernement ? La notion d’« intérêt national » est floue. Maurras écrit qu’un nationaliste «subordonne ses sentiments, ses intérêts et ses systèmes au bien de la patrie ». Mais quelle est la faction qui ne pourrait revendiquer pour sienne cette expression ? Le « bien de la patrie » est une notion dont presque tous peuvent se réclamer, d’autant qu’on peut

s’en faire des idées fort différentes. Compte tenu de l’essence conflictuelle du nationalisme, le risque est alors grand qu’ungouvernement nationaliste ne puisse exister qu’en s’engageant dans de nouvelles zones de conflictualité. Tout étranger, par exemple, sera potentiellement regardé comme un ennemi. Quant à la notion d’« ennemi intérieur », elle débouchera sur une guerre civile que la doctrine semblait interdire dans son principe. Le contenu du nationalisme reste donc assez obscur. On voit dans le monde se manifester desmouvements nationalistes, mais ils ont en général peu de choses en commun. Ils s’opposent les uns aux autres. Ils se réclament de valeurs contradictoires. Tout se passe comme si le nationalisme était plus une forme qu’une substance, un contenant qu’un contenu. On le comprendra mieux, cependant, si on le rapporte à l’idée de nation, dont il ne peut être dissocié. Le nationalisme représente eneffet d’abord une instrumentalisation politique de l’identité collective qui se rapporte à la nation. Or, la nation n’est qu’une forme de politie parmi d’autres. Et c’est une forme spécifiquement moderne. Pas plus la résistance gauloise contre César que celle d’Arminius contre les légions de Varus ne relèvent à notre sens du « nationalisme ». L’usage du mot « nation », rapporté à l’Antiquité ou à...
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