Nature de l homme

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  • Publié le : 19 novembre 2011
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III- De la place éminente de l’homme dans le monde au mal social : Dieu innocent du Mal dont la liberté humaine est la cause.
 
A-L’éminence de la volonté et de l’intelligence humaines.
La partie ascendante de la réflexion atteint son point culminant avec la place éminente de l’homme dans la nature, mais trouve là une 1ère épreuve de la contradiction qui la forcera à en redescendre pourrejoindre l’expérience intérieure de la contradiction due aux passions, au dualisme de la nature humaine.
Le tableau de l’ordre de la nature culmine d’abord dans l’espèce humaine : si le moi, fort de la certitude de son existence comme être sentant et jugeant, examine ce qu’il est quand il se rapporte à tous les êtres créés, il constate qu’il occupe par ses facultés, volonté et intelligence surtout,la 1ère place : il « est le roi de la terre qu'il habite » (p. 69) et entretient un rapport privilégié, car théorique et non purement pratique, à l’ordre de l’univers : il est fait pour le tout, note B Bernardi (note 50). Il faudrait être aveugle pour passer à côté de ce privilège extraordinaire et se dégrader, comme le voudraient certains matérialistes, au rang des bêtes : l’homme est «le roi dela terre ». Ce n’est pas seulement la liberté, mais la raison et la contemplation qui élèvent l’homme au-dessus des autres animaux. Il développe des connaissances, la maîtrise des techniques, a la capacité de juger de l'ordre du beau et du bien, la faculté de se représenter cet ordre et de s’y soumettre librement, alors que les autres êtres de la nature sont d'emblée soumis à l'ordre du monde.« Quoi ! je puis observer, connaître les êtres et leurs rapports ? Je puis sentir ce que c’est qu’ordre, beauté, vertu ; je puis contempler l’univers, m’élever à la main qui le gouverne ; je puis aimer le bien, le faire, et je me comparerais aux bêtes ! ». (70) Il faudrait, pour Rousseau, un refus de sincérité, une prédisposition perverse à la dépréciation de soi pour effacer la différence qui noussépare des bêtes : « âme abjecte, c’est ta triste philosophie qui te rend semblable à elles : ou +tôt tu veux en vain t’avilir, ton génie dépose contre tes principes, ton cœur bienfaisant dément ta doctrine et l’abus même de tes facultés prouve leur excellence en dépit de toi ».
L’éloge de la raison reste purement théorique, en ce qu’il se démarque aussitôt des usages, des « abus » que l’homme faitde ces « facultés. La 1ère origine du mal réside donc dans le mauvais usage de la raison par les philosophes, sceptiques ou dogmatiques : le pessimisme philosophique est le symptôme d’un Mal étrange et inintelligible, qui consiste en l’humiliation de soi, contre l’élan du cœur, en un refus de reconnaître et d’aimer ce que nous sommes, la place qui nous est faite, p.70 : »pour moi qui n’ai pointde système à soutenir, moi, homme simple et vrai…, content de la place où Dieu m’a mis, je ne vois rien, après lui, de meilleur que mon espèce ; et si j’avais à choisir ma place dans l’ordre des êtres, que pourrais-je choisir de + que d’être homme ? ». Cela annonce la nécessité de passer de la raison pure à son répondant affectif et intime : le « cœur bienfaisant », qui se déploiera ensuite sous lenom de conscience : « content de la place où Dieu l’a mis », le vicaire développe l’amour de soi en amour de Dieu, à travers la raison humaine, et atteint la limite qui en fonde les conséquences morales. Quand on n’a « aucun système à soutenir », quand le cœur n’est pas corrompu par l’amour-propre, il ne reste qu’à reconnaître et à aimer ce que nous sommes (amour de soi), la place honorable quiest la nôtre : « j’adore la puissance suprême et je m’attendris sur ses bienfaits. Je n’ai pas besoin qu’on m’enseigne ce culte, il m’est dicté par la nature elle-même. N’est-ce pas une conséquence naturelle de l’amour de soi, d’honorer ce qui nous protège et d’aimer ce qui nous veut du bien ? » (70). Dans un mouvement délibérément antiaugustinien et antijanséniste, Rousseau refuse d’opposer...
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