Necessaire

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  • Publié le : 16 juin 2011
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Peut-on se satisfaire du nécessaire ? Le mot nécessaire est ambigu, déjà paradoxal. Il est nécessaire à un citoyen français d’avoir un compte en banque pour travailler, ou toucher des aides sociales ; il est ‘’nécessaire’’ à un lycéen d’avoir un téléphone mobile...
Au sens strict, originaire, est nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être : la loi de la pesanteur par exemple, est nécessaire. Quevient faire la satisfaction ici ? Il est nécessaire que les êtres vivants meurent. Va-t-on s’en satisfaire ? Il le faut bien : on s’y résigne. Est-il satisfaisant que les choses soient ce qu’elles sont ? Il n’est pas vraiment satisfaisant que deux et deux fassent quatre : c’est un fait avéré, indépendant de nos désirs et de nos besoins, on doit l’accepter.
Mais dans un sens plus courant, le motdésigne ce dont on ne peut pas se passer, ce qui est absolument requis pour obtenir quelque chose. Ainsi le nécessaire de survie est indispensable pour ne pas mourir. Si nous conservons au mot nécessaire ce sens, la question posée est incomplète, et il nous faut chercher ce qu’elle présuppose : à quoi donc est nécessaire ce dont on peut se satisfaire ? Pourra-t-on se satisfaire de ce qui estseulement nécessaire à notre vie, se contenter d’avoir des organes qui fonctionnent ? Ou pourra-t-on réclamer disposer du nécessaire pour bien vivre : non seulement être vivant, mais éprouver du bien-être ? Le paradoxe est dans cette ambivalence, avec pour enjeu la liberté de se résigner ou de vouloir toujours plus. S’il est nécessaire d’augmenter ses capacités d’agir, pour jouir davantage et mieuxprofiter des saveurs de la vie, ce “nécessaire” réclamera des progrès incessants, on sera toujours en quête de nouveautés, et ne pouvant pas s’arrêter de vouloir plus et mieux, on ne sera jamais totalement satisfait ! Peut-on borner ses désirs quand l’essence du désir semble être de toujours poursuivre le meilleur ?

DR

Les faits sont là : nous sommes des êtres naturellement déterminés. Nier notrepropre nature serait folie : nous ne nous satisferons pas de ce qui ne nous correspond pas. Nos goût, naturellement, sont nécessaires : Voltaire s’en amuse en arguant que si un homme trouve sa femme belle, c’est tout aussi naturellement qu’un crapaud préférera sa "crapaude". Alors oui, le nécessaire peut satisfaire : il est même ce qui peut le mieux satisfaire. Un homme envisageant d’avoir unerelation conjugale avec un crapaud risque d’être déçu : il manquera du nécessaire et sera inévitablement insatisfait. Nous pourrions en conclure (mais ce serait précipité) que ce qui n’est pas nécessaire est inconvenant.
Il en va de la nature des choses comme de leur quantité : ce qui est insuffisant est insatisfaisant. Les millions d’hommes qui meurent chaque année de faim manquent de lanourriture nécessaire. Le même argument vaut pour le superflu, qui est de trop : avoir plus que le nécessaire est insatisfaisant -pour rester dans le domaine alimentaire, une nourriture trop riche nuit à la bonne santé) : il convient donc de dénoncer une erreur de langage qui consiste à trouver satisfaisante la démesure : ce qui est “trop bien” n’est plus bien. Le mieux n’est pas le maximum, mais lemeilleur dont l’étymologie rappelle qu’il s’agit du juste milieu (meliora : moyen). La difficulté est de trouver le critère qui permet de reconnaître cette juste mesure, celle que prône Aristote pour parvenir au bonheur d’être non pas “trop” bien, mais “juste” bien.
Le nécessaire est ce qui peut le mieux satisfaire : on ne peut ‘’que’’ se satisfaire du nécessaire. Il faudrait être de mauvaise foi pourprétendre être déçu de ce qui convient le mieux en fait, et vouloir ce qui ne convient pas ! Notre question commençant par “peut-on” est même inadéquate : ‘’il faut’’ se satisfaire du nécessaire, on ne ‘’peut’’ pas faire autrement, puisqu’autrement on est insatisfait ! Sage celui qui fait de nécessité vertu, parce qu’il est assez sage pour reconnaître l’évidence comme telle.

À ce stade de...
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