Nietzsche-kant

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 14 (3351 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 13 mai 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Mohamed Ben Arous

De Nietzsche à Kant : l’autonomie en Procès
Variations sur les ambiguïtés du concept d’autonomie : polysémie et utilisation dans différents registres de la pensée et des pratiques sociales
Il est de prime abord loisible de constater le fait que nous avons affaire ici à un concept, à la fois polémique et libérateur, dont le déploiement souvent impulsif aiguille toutepersonne avide d’autodétermination, de liberté, de choix d’action, voire d’autarcie, face à l’engrenage d’un quotidien souterrainement régi par une logique de domination et de répression. La question de l’autonomie toucherait dans cette optique l’être humain au plus vif de sa chair, mais ceci pour des raisons multiples, voire contradictoires qu’il y a hic et nunc tout lieu de démêler. L’autonomie peut sedéfinir d’abord négativement par rapport à ce qui s’oppose à l’immunité de la personne, et s’entend alors comme refus de l’injustice, de la barbarie, de la violence et de toute subjugation ouvertement commanditaire ou de manipulation subtile, là où ‘‘l’ordre stipulé’’ « commande, (…) ordonne des comportements et les régularise. » 1 Ce concept d’autonomie peut s’entendre aussi positivement aubesoin de déploiement de soi comme persistance et progrès dans l’existence en vue d’accroître et d’intensifier réflexivité et énergie de puissance. Cette puissance pourrait s’entendre dans un sens cartésien où les hommes ont la volonté et la possibilité d’agir « (…) comme maîtres et possesseurs de la nature » 2, tout comme elle pourrait cadrer, dans le sillon de la
1

2

Lefebvre, H., La viequotidienne dans le monde moderne, éd. Idées/Gallimard, 1968, p. 121. Descartes, René, Discours de la méthode, suivi des Méditations, présentation et annotation par F. Misrachi, coll.10/18, 1970, 6 ème partie, p. 74.

Page | 1

pensée nietzschéenne, avec le sens de la « liberté de la volonté » par quoi est désigné l’état de celui qui, non seulement veut mais ordonne et exécute simultanément. « Unhomme qui veut commande en lui-même à quelque chose qui obéit ou dont il se croit obéi. » 3 Autonomie signifie ici triomphe des résistances, commandement, jouissance d’une supériorité, mais aussi « discipline » par rapport à soi et à son but propre : « Celui qui ne peut pas se commander à soi-même doit obéir. Et s’il en est qui savent se commander, il s’en faut encore de beaucoup qu’ils sachentaussi obéir ! » 4 (Z., 3ème partie, §4). Et à Nietzsche de préciser que même la ‘‘populace’’ peut, au nom d’une certaine idée de l’autonomie, refuser d’obéir pour vivre : « Celui qui fait partie de la populace veut vivre pour rien ; mais nous autres, à qui la vie s’est donnée, nous réfléchissons toujours à ce que nous pourrions donner de mieux en échange ! » (Z., 3ème partie, § 5). Ne peut-il pas yavoir alors une ‘‘autonomie’’ servile ou une indépendance, mais de sens nul, celle justement que revendique la populace qui « veut vivre pour rien » ? Il serait utile de rappeler ici, à la suite de Herbert Marcuse, que « (…) la philosophie bourgeoise avait placé l’autonomie de la personne au centre de sa théorie : la doctrine kantienne de la liberté ne constitue que l’expression la plus claire etla plus haute d’une tendance qui se manifestait depuis le traité de Luther sur la liberté du chrétien. » 5 Il y a là une mise à nu de la nature de toute relation d’autorité qui signifie ici, du côté de la personne humaine, une relation d’hétéronomie en tant qu’elle porte atteinte ‘‘aux racines de la liberté humaine’’. C’est en pointant ce problème de ‘‘l’hétéronomie externe’’ que Kant accorde à‘‘l’autonomie interne’’ un sens proprement moral. « L’autonomie de la volonté, écrit-il, est l’unique principe de toutes les lois morales et des devoirs conformes à ces lois (…) La loi morale n’exprime donc pas autre chose que l’autonomie de la raison pure pratique, c’est-à-dire de la liberté… » 6 Soulignons en outre que le concept d’autonomie, chez Kant, est plus large et plus fondamental que le...
tracking img