Nietzsche

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  • Publié le : 23 avril 2010
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J.-J. Rousseau et LE PARADOXE DES ARTS ET SCIENCES
1. INTRODUCTION
Il n'est pas nécessaire de lire longtemps le Discours sur les sciences et les arts de Rousseau et sa Préface au Narcisse pour être frappé par l'apparente contradiction entre le dédain de l'auteur pour les sciences et les arts, d'une part, et l'usage presque immodéré qu'il en fait, d'autre part.
Rousseau lui-même n'en faitpas mystère, il en parle (Narcisse 6 et 7) pour annoncer son l'intention de prouver qu'il n'a pas tort. Il ne craint pas la contradiction : "J'aime mieux être homme à paradoxe qu'homme à préjugés".
L'objet de ce texte est de chercher ce qui se cache derrière ce paradoxe.
2. LE PARADOXE
Les connaissances de Rousseau sont étendues, c'est le moins qu'on puisse dire. Pour cette raison, il est trèsétonnant de le voir vanter les Tartares, ignorants et grossiers, mais "préservés de cette contagion des vaines connaissances" (Discours 21). La civilisation n'aurait rien apporté de bon à l'humanité, lui enlevant au contraire les avantages que la vie naturelle lui apportait.
Il semblerait que ce qui s'applique aux autres ne s'applique pas à lui ! C'est encore un beau cas du principe : Faites ceque je dis mais pas ce que je fais !
3. ARGUMENT CONTRE ROUSSEAU
Il est permis de penser qu'il y a là une part d'exagération délibérée. Rousseau, dandy avant le temps, fait de la provocation par plaisir (Discours 32 :"Brisez ces marbres! Brûlez ces tableaux!"). D'autant plus que l'Académie de Dijon représentait justement la vie des science et arts . Et si ce n'est pas de la provocation,alors c'est de l'ironie ou de l'humour. Rousseau pousse la dérision assez loin, décrivant le monde connu comme un étalage de toutes les corruptions et tous les désordres possibles (Narcisse, par. 14, note d).
Dans cette mesure, Rousseau est effectivement en contradiction avec sa propre manière de vivre. Mais il faut voir là un effet oratoire plus qu'autre chose.
4. ARGUMENTS POUR ROUSSEAU
Danscette section, on va examiner l'argumentation de Rousseau, pas tellement pour savoir s'il a raison de dénoncer les arts et sciences que pour voir s'il est en contradiction avec lui-même.
Prenons donc pour acquis qu'il a raison sur la question de fond : "… nos âmes se sont corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés à la perfection" (Discours 16). Lorsqu'il y a plus de lettres, ily a moins d'authenticité. Tout devient imitation, pastiche. L'écrivain se voit écrivain. On aime plus la copie que l'original. Avec l'instruction, le sens critique augmente (Narcisse 25), et le snobisme apparaît, le mépris se répand. On ne partage plus, on plane dans les hautes sphères !
D'ailleurs, de façon plus générale, l'excellence porte en elle son vice : il y a de fortes chances pourqu'une personne désireuse d'exceller y mette une part d'amour-propre, je dirais même que cela me semble inévitable. Dès lors, le but véritable est-il encore l'excellence ou plutôt la satisfaction personnelle ? Poser cette question du but véritable, c'est supposer que la vérité existe, qu'elle peut être simple. Mieux vaudrait répondre que le but est double, satisfaction et excellence, et que c'est tantmieux. Mais il reste que dans ce cas, la recherche de l'excellence est entachée d'une part de vice.
Le goût des lettres naît de l'oisiveté et du désir de se distinguer; il entraîne avec lui la corruption (Narcisse 19 : "cette foule d'auteurs obscènes, dont les noms seuls alarment la pudeur"). Rousseau dit non à la société des loisirs. Il vaut mieux travailler beaucoup et savoir peu.
On peutajouter à cela qu'écrire est paradoxal, et même penser. Écrire, c'est un peu se détacher du réel, avec tous les risques que cela comporte ("stériles contemplations", Discours 37). Penser qu'il faut arrêter de penser. On peut faire une analogie avec l'alimentation : on mange d'abord par besoin, puis par goût. Puis on mange trop. C'est alors un besoin qui va trop loin.
Rousseau dit : J'ai tort,...
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