Note pour le grand expert

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  • Publié le : 15 avril 2011
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La mort d'Hiram : le mythe fondateur de la franc-maçonnerie
transposé par Gérard de Nerval.
 
Toute association humaine a besoin d'un mythe fondateur pour se développer comme l'a brillamment démontré le penseur roumain Mircéa Eliade. Le mythe fondateur de la franc-maçonnerie est l'assassinat d'Hiram par trois mauvais compagnons. Hiram Abi est brièvement mentionné dans la Bible au premier"livre des rois" : Le roi Salomon fit venir de Tyr Hiram qui travaillait sur l'airain. Hiram était rempli de sagesse, d'intelligence et de savoir. Il arriva auprès du roi Salomon et il exécuta tous ses ouvrages. (I Rois, VII, 13-14).
La base biblique est, on le voit, très succinte. Les rituels maçonniques ont considérablement développé le texte initial en créant la légende de l'assassinat d'Hiram.L'une des versions les plus anciennes de ce récit apparaît dans L'ordre des francs-maçons trahi et leur secret révélé (1744) : Adoniram, Adoram ou Hiram, à qui Salomon avait donné l'intendance des travaux de son Temple, avoit un si grand nombre d'Ouvriers à payer qu'il ne pouvoit les connoitre tous ; il convint avec chacun d'eux de Mots, de Signes et d'Attouchements différens, pour les distinguer...La toute première édition de la légende d'Hiram se trouvait dans Masonry dissected (1730) de Samuel Pritchard.
Mais la plus belle version de la légende d'Hiram reste celle qu'écrivit Gérard de Nerval en 1850 dans son Voyage en orient. Nerval a donné à la franc-maçonnerie francophone l'un de de ses plus beaux textes. Sans dévoiler la cérémonie de l'exaltation à la maîtrise, il est permis designaler que l'assassinat d'Hiram en constitue le principal élément. Nerval a su transcrire avec un réel talent tout ce qui caractérise l'humanité : amour, passion, fanatisme, envie, jalousie, amour propre, orgueil et lâcheté. Ce condensé des sentiments humains constitue la trame du récit nervalien mais aussi le mythe fondateur de la franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie révèle, par le mythe d'Hiram,qu'elle souhaite rassembler les êtres humains quelles que soient leurs forces et leurs faiblesses. Par la méditation et la remise en cause perpétuelle, elle apprend aux Hommes à dominer leur nature.
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Hiram reçu dans la franc-maçonnerie.
Bijou en or et émail. Angleterre, vers 1780.
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Voyage en Orient
Histoire de la Reine du matin et de Soliman, Prince des Génies.
XII. Macbénach(...) Le temps était bas, et le soleil, en pâlissant, avait vu la nuit sur la terre. Au bruit des manteaux sonnant l'appel sur les timbres d'airain, Adoniram, s'arrachant à ses pensées, traversa la foule des ouvriers rassemblés ; et pour présider à la paye il pénétra dans le temple, dont il entrouvrit la porte orientale, se plaçant lui-même au pied de la colonne Jakin.
Des torches allumées sous lepéristyle pétillaient en recevant quelques gouttes d'une pluie tiède, aux caresses de laquelle les ouvriers haletants offraient gaiement leur poitrine.
La foule était nombreuse ; et Adoniram, outre les comptables, avait à sa disposition des distributeurs préposés aux divers ordres. La séparation des trois degrés hiérarchiques s'opérait par la vertu d'un mot d'ordre qui remplaçait, en cettecirconstance, les signes manuels dont l'échange aurait pris trop de temps. Puis le salaire était livré sur l'énoncé du mot de passe.
Le mot d'ordre des apprentis avait été précédemment JAKIN, nom d'une des colonnes de bronze ; le mot d'ordre des autres compagnons, BOOZ, nom de l'autre pilier ; le mot des maîtres JÉOVAH.
Classés par catégories et rangés à la file, les ouvriers se présentaient auxcomptoirs, devant les intendants, présidés par Adoniram qui leur touchait la main, et à l'oreille de qui ils disaient un mot à voix basse. Pour ce dernier jour, le mot de passe avait été changé. L'apprenti disait TUBALKAÏN ; le compagnon, SCHIBBOLETH ; et le maître, GIBLIM.
Peu à peu la foule s'éclaircit, l'enceinte devint déserte, et les derniers solliciteurs s'étant retirés, l'on reconnut que tout...
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