Notes de lecture : francis bacon, logique de la sensation, par gilles deleuze

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  • Publié le : 1 janvier 2011
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NOTES DE LECTURE
Gilles DELEUZE, Francis Bacon : Logique de la sensation, 1981

❖ Gilles Deleuze est un philosophe français né en 1925 et mort en 1995 qui a principalement basé sa philosophie sur l’art, en particulier la littérature, la peinture et le cinéma. Il a pu être associé au courant du post-structuralisme, réaction au structuralisme initiée par Jacques Derrida dans les années1960. Le post-structuralisme s’organise autour de la déconstruction qui est une pratique d’analyse textuelle que Deleuze met en pratique sur la peinture dans cet ouvrage, afin de révéler les différents aspects de la peinture de Francis Bacon.

❖ Cet ouvrage explore les différents aspects de la peinture de Francis Bacon, peintre d’origine britannique né en 1909 et mort en 1992. La peinture deFrancis Bacon exalte la chair et le corps et tente avant tout d’exprimer la sensation, l’horreur en s’échappant de la figuration. Le travail de Gilles Deleuze est ici de faire comprendre l’art de Bacon à celui qui regarde sans comprendre. Il ne s’agit pas de l’étude d’un peintre par un philosophe : le philosophe produit une véritable Philosophie de l’œuvre du peintre. Dans dix-sept chapitres, Deleuzeexplore les différents aspects des tableaux de Bacon, allant du plus simple au plus complexe pour produire une logique de la sensation dans laquelle culmine la « sensation colorante ». Pour étudier ces différents chapitres, il peut être intéressant de dégager trois grands thèmes, la Figure, la sensation et l’acte de peindre, dans lesquels ils se retrouvent.

• LA FIGURE

Bacon et le refusde la figuration
Avant toute chose, il faut comprendre dans l’œuvre de Francis Bacon un véritable refus de la figuration, c'est-à-dire de la représentation, de l’illustration et de la narration. Il refuse catégoriquement de produire une histoire dans son tableau, et s’il n’y parvient pas, il veut réunir dans son tableau la totalité des histoires hypothétiques : il ne décide d’aucune histoireet laisse toutes les possibilités envisageables, ce qui ne signifie pas qu’il laisse au spectateur le choix d’interpréter ce qui se passe dans ses œuvres mais plutôt que tout doit s’y passer. Dans ses Entretiens avec David Sylvester, Bacon dit que « l’histoire qui se raconte déjà d’une figure à une autre annule dès l’abord les possibilités que la peinture a d’agir par elle-même. » Il existe deuxvoies pour échapper au figuratif : celle de l’abstraction ou celle qu’il suit, opposant le figural, la sensation au figuratif, et ce, en ne peignant pas un personnage mais une Figure qu’il veut isoler, entourée de différents éléments : un environnement qui n’est ni un paysage ni un fond mais un système original né d’un nettoyage local, d’une épuration et de l’utilisation de traits asignifiants ; unjeu de textures, « ensemble de courtes marques libres involontaires » ; et d’aplats de couleur vive, uniforme et immobile, qui structure l’espace et se déploie autour de la Figure. Un nouveau type de rapport est créé entre les différents éléments du tableau, la matter of facts, partant du fait que la relation entre la Figure et son lieu est un fait, et qui s’oppose aux relations intelligibles dufiguratif.
La figure elle-même et son corps

La figure est le corps qui a lieu dans l’enceinte du rond que Bacon a peint pour l’isoler. La figure est « chair », un corps sans organe, d’après l’expression d’Antonin Artaud dans 84 (« Le corps est le corps Il est seul Et n’a pas besoin d’organes Le corps n’est jamais un organisme Les organismes sont les ennemis du corps ») qui ne s’oppose pastant aux organes qu’à l’organisme, l’organisation des organes eux-mêmes. C’est ce refus de l’organisme, accompagné du refus de la figuration, qui explique l’apparence des Figures dans l’œuvre. Elles sont difformes, tout en elles tend vers la chute, une chute de la chair le long d’une structure spatiale, l’os, maintenue verticale. Bacon ne se contente pas de peindre des chairs dégoulinantes, mais...
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