Nouvelle - le flash

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  • Publié le : 9 octobre 2010
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François était assis à sa place habituelle, au fond du bus, là où les “de passage” n’osaient que trop rarement s’aventurer, de sorte qu’il se retrouvait souvent seul. Il rêvait la plupart du temps en regardant le paysage urbain de Paris laisser peu à peu place au paysage rural de la banlieues. Cette route, il la connaissait par coeur. Chaque façade, chaque porte, chaque fenêtre, une demi décenniequ’elles défilaient devant ses yeux.
Il maîtrisait aussi parfaitement le temps. La durée du trajet? Une heure et sept minutes, en moyenne, un peu moins en été, un peu plus les jours de mauvais temps...
L’itinéraire du bus n’avait non plus aucun secret pour lui. Dix-sept arrêts entre le moment où il entrait et celui où il descendait; qu’il pouvait nommé, évidement!
Et oui, cinq ans déjàqu’il avait décroché ce job et qu’il faisait l’aller-retour cinq fois par semaines, quarante-huit semaines par ans, soient deux cent quarante jours chaque année; moins les congés maladies qui, bien que n’étant jamais souffrant mais très bon acteur, lui étaient une parfaite excuse pour échapper aux heures de bureau et puis les jours fériés, bien sûr. Ce boulot s’était rapidement révélé pénible,répétitif... Mais il bénéficiait d’un salaire correct qui lui permettait, tout en en épargnant une partie, de bien vivre.
François habitait à Bréchamps. Ses parents y avaient emménagé quelques vingt sept ans plus tôt quittant ainsi un Paris jugé trop bruyant, pollué; offrant un meilleur terrain de jeu à leur fils âgée alors de deux ans. Ce déménagement avait aussi apporté un autre avantage et pas desmoindres, en effet la grand-mère de François vivait elle même à Bréchamps et pouvait donc s’occuper du petit garçon régulièrement. A sa mort, elle jugea juste de lui léguer sa maison. C’est donc que François vivait seul non loin de chez ses parents. Il avait souvent pensé à fréquenté quelqu’un mais avant de sortir avec une personne, il fallait déjà faire sa rencontre, chose qui se révélée difficilepuisqu’il ne sortait pas. D’autre part Bréchamps et son travail ennuyeux n’était, d’après lui, pas vraiment des lieux favorables aux rencontres intéressantes. Il s’était donc convaincu qu’il se suffisait à lui même et en aimait presque l’idée.
Les jours de pluie, dans le bus, François aimait à parier sur les gouttes les plus rapides à se mettre en couple, car, il le savait, elles finissaient toutespar créer une paire. Toutes, à l’exception pourtant d’une... La vitre était dotée d’une longue fissure créant un relief de telle façon qu’elle emprisonnait une malheureuse, la destinant à la solitude. François était curieux de savoir si, un jour, par un miracle physique, cette solitaire serait amenée à rencontrer le chemin d’une de ses semblables ou, si, au contraire, cette imperfection du verrela vouait à finir seule éternellement.
Ce soir là, François se sentait exténué, depuis près d’une quinzaine de jour, il travaillait sans relâche. Il avait appris qu’un collègue de sa boîte prenait sa retraite et espérait bien prendre sa place. Des horaires plus souples, un bureau à soi, de nouvelles responsabilités et bien sûr un salaire plus élevé le motivaient. Il avait même entendu que le postecomprenait une place de parking. Evidemment, au premier abord, ce détail lui avait échappé puisqu’il ne possédait pas de voiture; mais suite à réflexion, il avait songé à en acheter une, après tout, il en avait les moyens. François se tenait donc là, à son siège accoutumé, aspirant à la vie qu’il pourrait avoir s’il obtenait cette promotion. Malgré la fatigue, il s’obstinait à ne pas fermer lesyeux pour pouvoir encore une fois tourner et retourner la situation dans sa tête. Si il achetait une voiture? Il n’aurait plus a prendre le bus! Finalement, ses paupières trop lourdes furent plus fortes aidées par l’obscurité régnant au dehors et le ronronnement apaisant du moteur, François s'endormit.

Il fut réveillé quelques minutes plus tard par ce qu’il lui sembla être une lumière...
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