Nouvelle québécoise

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  • Publié le : 19 octobre 2009
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Lecture croisée de textes critiques sur la nouvelle.

Les questions relatives à la légitimité des genres littéraires ont, de tous les siècles, enflammé les débats. Certaines interrogations ont reçu réponse et sont maintenant affaires classées, mais certaines, d’aussi loin qu’elles puissent avoir été soulevées, nous sont contemporaines et demeurent au centre des discussions littéraires.Au Québec, la jeunesse de notre littérature nous a permis d’éviter les écueils de certaines classifications génériques, mais les fictions brèves sont toujours questionnées. C’est plus particulièrement à la problématique de la reconnaissance de la production nouvellière que ce sont attardés Gilles Pellerin, André Belleau et André Carpentier. Pellerin et Carpentier sont nouvellistes, Belleau estessayiste, tous trois ont tenté de théoriser, de démythifier cette pratique de l’écriture brève.

Il est un point que chacun se presse d’exposer, Gilles Pellerin et André Belleau en font leur incipit : la nouvelle est socialement reconnue comme un genre mineur, en marge du roman. Idée préconçue et répandue parmi les lecteurs comme les critiques qui voient dans le bref une paresse du créateur.La brièveté est perçue comme l’atrophie d’un sujet que l’écrivain n’avait pas le souffle de porter à l’ampleur du roman. Cette comparaison générique fait couler bien de l’encre et les tenants de cette critique se réfèrent au roman et à sa qualité d’art suprême, d’art complet, vraisemblable et raffiné. Tous trois auteurs mettent de l’avant cette dichotomie court/long, roman/nouvelle et tousdéplorent la propension à blâmer la nouvelle par sa longueur. La nouvelle dans l’ombre semble une ébauche, un roman inachevé et comme le dit Gilles Pellerin : «Les nouvellistes ne seraient après tout que des écrivains en transit, en attente du grand genre.» Les opinions des auteurs se rejoignent aussi dans leurs réponses à ces préjugés génériques. Tous trois se hâtent de réfuter ces affirmations enmettant de l’avant les caractéristiques propres au genre de la nouvelle. André Belleau est le plus catégorique et affirme lui, alors que les autres soumettent des hypothèses, que le genre de la nouvelle est tout autre que celui du roman et le prouve en posant comme exemple l’écrivain Henry James qui a travaillé les deux genres distinctement et a différencier les pratiques d’écriture. Pellerin soulèveque la littérature n’est pas la seule forme d’art touchée par les jugements négatifs face au bref ; le portrait en peinture est vue comme une pratique facile et inférieure à la fresque, les symphonies de Schubert ont souffert d’avoir été jugées comparativement à ses lieder et ses sonates. Belleau s’entend avec Pellerin quand il souligne que la forme de la nouvelle n’est pas synonymed’appauvrissement, que «faire court, c’est vraiment faire autre chose» et Carpentier clos la question en disant : « [que] l’expérience d’écrire, sous quelque forme que ce soit, est condamnée à demeurer incommunicable.» Comme quoi il est difficile pour un auteur de juger de son genre ou même simplement de le définir.

Pellerin ouvre aussi la porte à un questionnement sur la temporalité. Il estime que lesrepères temporels flous sont des caractéristiques justement attribuées à la nouvelle, de pair avec une petite distribution et des décors à peine esquissés. Cette préoccupation résonne tout autant dans l’écrit d’André Belleau qui reprend l’idée de temporalité et la transmute en idée de durée. Il utilise cette notion pour dissocier une fois de plus la nouvelle du roman. Selon lui le roman ne seraitrien sans la durée qui lui permet de poser ses personnages, de les faire évoluer et vivre, de les mettre en contexte et de les faire mourir. Il introduit aussi le lecteur en affirmant qu’à l’instar du personnage qui a besoin de temps, le lecteur se doit de se libérer de quelque contrainte temporelle afin de lire l’œuvre, de suivre les aventures et les mésaventures des personnages. Cette...