Nouvelle

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  • Publié le : 2 octobre 2010
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0 Je me rappel de cette époque où nous avions encore le choix. Du moins, j'avais le choix. À faire, à donner, à prendre ou à laisser. C'est à la même époque où je les ai tous gaspillés. Les uns après les autres, je les ai tordus dans une machine dont elles me promettaient solennellement de ne jamais revenir malgré toutes les larmes que je leurs accordes aujourd’hui, malgré mes sempiternellessupplications. On m’avait d’abord donné le choix de tomber amoureux, puis de partir. Je m’en souviens comme si c’était la veille. J’ai accepté l’un pour abandonner l’autre. J’ai baissé les bras. J’aurais dû dire oui à ce voyage scolaire organisé, épistolaire pour ma mère et en pleine période de puberté que j'étais. Comme une balistique trop sûre d'elle pour ne pas éclater sous le choc. Je m'ensouviens vraiment comme si c'était hier. Pour un prix dérisoire nous avions l'opportunité d'aller à New York, tout inclus. J'ai préféré tes yeux. Je n’ai plus de raison. Je n’ai que des effets. Et ça me fait de ces effets. J’ai des palpitations cardiaques et des vapeurs psychotropes. Ça m'écrase tant que j’en vomi parfois. Puis ça me coupe l’appétit. Je respire tant bien que mal et je me rappel le bruitde tes lèvres qui me dictent : «Respire/Respire». Puis je revois flou. Mon avion s’est écrasé au sol violemment. Je ne sais pas si l’adjectif est nécessaire, mais vous pouvez décider de ne pas le lire non plus et la phrase sera tout de même complète. Ce n'est bien sûr pas vrai pour tout les mots qu'elle comporte mais vous l'aurez deviné. J’ai dit à ma mère avant de partir : «Je m’en vais». Puis jel’ai fait. J’ai accomplis un miracle. Je suis le genre de prophète qu’on dit «de garage». Celui qui saura vous réconforter en dernier recours, mais qui ne sera pas le premier à qui vous penserez en cas de peine d’amour. Je sais réparer un magnétoscope, mais de nos jours qui possède encore un

magnétoscope ? Les plus grands miracles que j’ai accomplis sont passés inaperçus parcequ’insignifiants, je suis comme ça. Je baptise pompeusement mon départ de miracle car s’en est un. Je suis de ceux qui ont évolués dans la même pièce toute leur vie, en regardant par la fenêtre pour que ce soit moins lourd à porter comme statut. Encore faut il être capable de se payer le luxe d’avoir une fenêtre. La mienne donnait sur le gazon de l’entrée et l’allée de stationnement en béton. On a les rempartsqu’on peut. Je suis de ceux qui sont nés d’une erreur et qui sont morts d’une erreur. J’ai le dos contre quelque chose et les pieds sous quelque chose d’autre mais quelque part d’autre que d’habitude. Je suis de ceux qui n’avaient pas particulièrement de beaux genoux et à qui ils ne manqueront pas ou très peu. Je suis de ceux qui ont les trippes au soleil. Imaginez un steak qui cuit sur le capot d’unevoiture. Imaginez la souffrance du steak. Sept point soixante mètres de tuyauterie rosée qui reflète la lumière. J’écarquille les yeux et je porte ma main gauche à mon sternum ou ce qui en reste. Je caresse littéralement mes côtes qui sortent du trou béant qu'est mon abdomen, comme des dents atroces. J’ai mal mais je ne peux dire où précisément. Je crois que c’est partout. Je lève ma main droitepour me couvrir les yeux du soleil et bien que je la sente bougée, elle ne me couvre de rien. Elle n’est plus là. J’essai de hurler mais je n’entends rien. En fait, j’entends quelque chose mais ce n’est pas mon hurlement. C’est un sifflement frêle et un craquement. C’est le feu. J’espère que quelqu’un n’est pas sourd et qu’il est bon couturier. Je ferme les yeux et je les ouvre et je les ferme. Jesouris mais mes lèvres craquent puis fissurent puis ne saignent pas. J’essaie de tourner sur le ventre mais je n’ai plus de ventre. Je tourne juste là tête. Dans le feu et les cris, il y a un oiseau. Il semble méchant parce qu’il passe le feu comme

si c’était son élément. Je le reconnais, on le reconnaîtrait tous, c’est un charognard. Il regarde mon absence de jambes, mon absence de main...
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