Nouvelle1

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  • Publié le : 25 avril 2010
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Schoïnopentaxophilie

Connaissez-vous un autre mot, pour dire armoire ? Il y en a plusieurs à vrai dire, mais il y en a un que mon frère ne veut plus prononcer. Moi-même je n’y arrive de nouveau que depuis peu : il s’agit du mot ‘penderie’. Il faut dire qu’avec l’histoire qu’on a vécue, c’est normal qu’il soit un peu secoué. Il est plus jeune que moi de deux ans, tout de même. Je m’en souviens,cela s’est passé il y a maintenant … Treize mois, si mes souvenirs sont bons.

Tout a commencé à cause de notre grand-père. Son nom échappe à ma mémoire, peut-être qu’on ne me l’a jamais dit. Il avait participé à la guerre mondiale, la deuxième, et a été blessé à deux reprises, très grièvement. La première fois, alors qu’il avait oublié de mettre son casque, un impact d’obus, heureusementfreiné par une trajectoire étrange, et un ricochet, s’était fiché dans sa tête. Heureusement pour lui, il n’avait pas traversé son crâne, et ne l’avait que fracturé, mais il était tout de même passé tout près de la mort. La deuxième fois, c’était aux mains d’un soldat allemand, qui l’avait attrapé au cou et avait commencé à l’étrangler. Il serait mort si quelqu’un n’avait pas descendu l’homme quil’asphyxiait.
Finalement, il s’en est sortit, et est revenu auprès de notre grand-mère. Je crois que quand elle est morte, il a perdu son dernier semblant de raison. La solitude, les souvenirs horribles de la guerre, l’ont quelque peu déréglé, et il s’est mit à parcourir le pays en quête de … cordes. Mais pas de n’importe quelles cordes : des cordes ayant servit à pendre des gens. N’importe quellepersonne, par ailleurs, ça lui importait peu. Il exhibait fièrement sa collection dans une armoire, et tout le monde le disait fou à lier. Finalement, ce n’était qu’un vieil homme solitaire, que son propre fils ne visitait qu’occasionnellement.

Son fils, c’était mon papa. Et quand grand-père est décédé, papa avait des problèmes d’argent. En héritage, il n’eut pas de vraies compensations financières,mais la maison de notre grand-père. C’était à pic que cela tombait, puisqu’il commençait à peiner pour payer le loyer. Divorcé, et simple employé de mairie, il avait du mal à joindre les deux bouts, et cette possibilité de déménagement était une aubaine. Il parvint à trouver du travail dans le village de grand-père, et nous déménageâmes donc.
J’ai oublié et le nom du village, et le nom de la rue.Mais je crois surtout que je ne veux pas m’en rappeler.

La maison, on a dû la retaper un peu, mais elle n’était tout de même pas désagréable à vivre. On était bien, le collège de mon frère était sympa, et il y avait un bus pour m’emmener à un lycée du département. Trente kilomètres, ce n’était pas la mer à boire.
On aurait très bien put s’y reconstruire, là-bas. Seulement, il y avait un petithic. Enfin, non, un gros hic. De la taille d’une penderie, très exactement. Dans le grenier, il y avait un meuble fermé par un cadenas, qu’aucun de nous trois n’avait jamais osé approcher, par peur des hérésies du grand-père.
C’est papa qui craqua le premier, et c’est normal puisque c’était le seul à avoir les outils pour désosser le cadenas. Il est monté, comme ça, un dimanche banal, et on aentendu le chalumeau. C’était un gros cadenas, et même un mastodonte comparé aux autres représentants de son espèce, mais rien ne résistait à papa quand il sortait la grosse artillerie. Pour ce qui était de tout détruire, ses anciens patrons et maman, avant de le quitter, c’étaient accordés là-dessus : c’était le meilleur. Enfin, ce n’était pas sa faute. Il était gentil, mon papa. Juste un peubalourd.

On a finit par entendre un rire de victoire, puis plus rien. Ce qui s’ensuivit, en revanche, fut un capharnaüm sans nom. On aurait dit qu’un hippopotame et un rhinocéros avaient, soudain, décidés de danser un pas de polka à l’étage.

On a rejoint papa dans le grenier, et on a réalisé qu’il n’était plus là. L’armoire avait bougé de bien cinq mètres, tout l’autour était tombé à la...
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