On dit généralement que l'artiste crée et que le savant découvre

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  • Publié le : 26 avril 2010
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Letréguilly Jules TS 2

Commentaire de texte :

Texte de Jean-Paul Sartre

C’est la présence humaine qui révèle l’existence des choses et les organise au sein de la réalité, mais d’un autre côté, ce n’est pas la présence humainequi a fait naître le réel, et elle n’est aucunement nécessaire à sa subsistance : elle se définit donc en face du réel par une contingence radicale, qui appelle une riposte, raison d’être de la création artistique. Voilà ce que Sartre nous dit, dans cet extrait de Qu’est que la littérature ?

Le texte se laisse analyser en trois moments successifs, qui se trouvent correspondre aux troisparagraphes. Dans le premier paragraphe, Sartre souligne le rôle constituant de la conscience humaine dans la mise en forme du monde, puis, dans le second, il insiste sur l’autre face du statut de la conscience : elle est contingente par rapport au réel qu’elle révèle. En un troisième temps, le dernier paragraphe, qui tient en deux lignes, présente la création artistique comme une réponse possible apportéepar l’homme au problème existentiel que lui pose la conscience de sa situation ambiguë par rapport au monde.

Ce passage aborde donc la question de ce qui fait la spécificité, et aussi la difficulté de la condition humaine : détenir le privilège de la conscience, mais mesurer en conséquence la précarité de son existence, et chercher comment y riposter.

Chacune de nos perceptions, écritSartre, porte à notre connaissance un fait fondamental, à savoir que la « réalité humaine » est « dévoilante ». Pour éclairer ce début, demandons-nous d’abord ce qu’est une perception : la perception n’est pas seulement la sensation, car elle suppose l’identification des objets perçus. Quand on perçoit, on ne voit pas, on interprète et donc on comprend ce que l’on voit. Que faut-il entendre,maintenant, sous l’expression de « réalité humaine » ? La réalité humaine renvoie ici à ce que Hegel appelait la double existence de l’homme : l’homme est certes une chose de la nature, un animal ; mais car il a le privilège d la conscience, il existe aussi « pour lui-même », il a un certain savoir de lui-même et du monde, et ceci est lié au fait qu’il dispose d’un langage articulé. Cette réalitéhumaine est dite « dévoilante », et ce dernier mot est encadré, par l’auteur, de guillemets qui en soulignent la valeur particulière et son caractère improbable. Pourquoi peut-on parler de « dévoilement » ? « Dévoiler », au sens le plus littéral, c’est ôter le voile : mais la suite de la phrase précise, grâce au « c’est à dire », qu’en l’occurrence, le voile qui se lève ne fait pas que laisserapparaître une réalité déjà constituée, à la manière dont un rideau se lèverait sur une scène de théâtre où les acteurs seraient déjà en place. La conscience au contraire prend une part active à la manifestation du monde : « par elle « il y a » de l’être » ; elle n’est pas pur contact passif avec le monde, elle ne se contente pas de refléter le monde tel qu’il serait, avant notre regard, avant notreréveil. Le regard humain, bien sûr, ne fait pas naître le monde –le second paragraphe du texte le marquera avec force-mais il le fait en un sens exister, au sens où il révèle la présence des choses sur fond de leur absence possible. Cela signifie que la conscience prend une part active dans la manifestation du monde. L’expression « il y a », entre guillemets, a la fonction d’un énoncé, elle implique ladimension du langage, qui parce qu’il nomme les choses, leur donne de l’être, sur un fond de néant au moins pensable. Ce que l’homme regarde et désigne, il le remarque en l’isolant du reste du décor : la conscience et le langage font que « l’homme est le moyen par lequel les choses se manifestent », c'est-à-dire surgissent avec leur particularité à partir du bloc indifférencié du réel. Que...