On tue

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  • Publié le : 17 mars 2010
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Comme Pierre Gamarra ou Emmanuel d'Astier de la Vigerie, Arlette Humbert-Laroche appartient à cette génération de femmes et d'hommes que les circonstances dramatiques de la Deuxième Guerre Mondiale ont précipités dans l'action – la Résistance.
Mais pour toutes ces personnalités s'est imposée, corrélativement à l'engagement concret, la nécessité de témoigner par la parole, et plusparticulièrement par la forme poétique. Par ce mode d'expression simple, direct, mais redoutable par sa puissance évocatrice, ils ont pleinement contribué à témoigner de l'horreur de la guerre, mais aussi à entretenir l'espoir et à créer cet esprit de corps qui était une réponse lumineuse à la barbarie nazie. C'est ainsi qu'il faut envisager le poème d'Arlette Humbert-Laroche « On tue » dont la constructionménage une forte opposition entre l'évocation des horreurs et l'appel à la résistance.
Aussi verrons-nous dans un premier temps qu'Arlette Humbert-Laroche s'emploie à présenter la guerre comme une logique de mort. Il nous faudra ensuite montrer que l'espoir habite la poétesse et qu'il s'agit pour elle de nous insuffler l'énergie de la révolte. Il apparaît d'emblée que la guerre estprésentée comme une logique infernale. La mort est omniprésente, comme en témoigne l'anaphore « On tue » répétée six fois. Mais Arlette Humbert-Laroche suggère une violence aveugle, arbitraire. Tout d'abord l'anaphore place en sujet de la proposition le pronom indéfini « on » qui nie toute humanité et toute individualité : le « on » évoque un sujet dépersonnalisé et brut. De plus la proposition présenteune structure simple – sujet-verbe – se réduisant à deux syllabes. On a là une volonté d'envisager la violence dans ce qu'elle recèle de plus primitif, de plus réducteur. La distribution enfin de l'anaphore (v.1, 3, 4, 11, 12, 13) précise un caractère imprévisible : la violence frappe aveuglément, et la combinaison de répétitions de la proposition « On tue » et de la dentale à l'initiale du verbeachève de faire entendre les détonations de mitraillettes.
La violence de surcroît est une loi dont personne ne peut réchapper parce qu'elle s'exerce « partout », ainsi qu'il est précisé au vers 20. La première partie du poème ne compte pas moins de cinq compléments circonstanciels de lieu à la suite du verbe « tue ». L'idée d'emprise totale de la violence trouve son expression d'une partdans l'antithèse « terre » v.2 / « mer » v.4. et d'autre part dans le jeu sur la prosodie, le complément de lieu « d'un bout de la terre à l'autre, » occupant d'un bout à l'autre le vers 2. En outre la violence s'exerce sans restrictions géographiques : « sur la mer » , « dans l'énorme et indifférente solitude de l'eau » , « aux courbes fleuries des fleuves » , aux flancs chauds des montagnes »,« dans les villes » . Emprise spatiale de la violence donc, mais aussi temporelle. Ainsi la vision cauchemardesque sévit « La nuit » v.5. La terre soumise à la guerre est donc envisagée comme une prison mortelle.
Avec la logique de massacre aveugle, l'humanité a disparu. Aussi Arlette Humbert-Laroche retire-t-elle la lumière. Ce sont des teintes ternes et lugubres qui sont données à voir : « Lanuit » , « faces de linge », « vers le ciel noir », « la nuit », « les ténèbres ». Teintes froides comme la mort qui font d'autant plus ressortir la couleur de la souffrance : « la douleur des dômes saignants » et sa réalité physique, comme en témoigne l'allitération en [d].
Malgré tout la vie est omniprésente, ainsi que le suggèrent les sollicitations sensorielles : « courbes fleuries », « auxflancs chauds ». Mais pathétique de la situation, les qualificatifs évoquant la vie portent sur des éléments de la nature, là où ils devraient porter sur les hommes. On assiste donc à un « hypallage filé » qui aboutit à un paradoxe lourd de sens : c'est la nature qui hérite de la personnification – le vers 6 est à ce titre emblématique : « Dans l'énorme et indifférente solitude de l'eau », et...
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