Otto dix guerre

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 10 (2474 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 1 mai 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Le retable d'Issenheim de Mathias GRÜNEWALD.

Dans le retable d'Issenheim (détails reproduits ci-contre) il est aussi question de mort et de souffrance puisque le panneau central de celui-ci est la représentation d'une crucifixion (c'est à dire du Christ sur la croix) que GRÜNEWALD choisit de peindre sans rien voiler de la déchéance du corps crucifié : corps amaigri, déformé, creusé par ladouleur, chairs grises et meurtries par les clous, sang, pustules.

Ainsi, en utilisant la forme du triptyque Otto DIX cite très directement le retable d'Issenheim et par cette évocation ajoute une strate d'horreur à l'horreur déjà représentée dans son oeuvre.
*Triptyque : oeuvre en trois parties
**Retable : Dans une église, tableau placé sur un autel et sur lequel sont représentés les épisodesde la vie du Christ et des saints. C'est à la Renaissance que le retable peint fait son apparition (il peut également être sculpté).
***Prédelle : C'est la partie inférieure du retable

La Guerre est un triptyque réalisé entre 1929 et 1932 par le peintre allemand Otto Dix. Fortement marqué par la Première Guerre mondiale à laquelle il participe en tant que simple soldat, il fournit un grandnombre de dessins et peintures retraçant cette période traumatisante. La plupart des travaux produits par les artistes de cette tendance ont d’ailleurs été jugés comme « art dégénéré » par le régime nazi depuis peu au pouvoir (1933).

Aujourd’hui exposé à la Galerie Neue Meister de Dresde, le triptyque n’a pas été composé sur commande mais fait partie de la démarche libératrice et dénonciatricequ’effectue Otto Dix en transmettant ses souvenirs hérités de la Grande Guerre (quand on lui demanda pourquoi il avait réalisé « La Guerre », il répondit « Je voulais me débarrasser de tout ça ![1]).
On y découvre tour à tour la montée au front, le champ de bataille (et la mort), le retour du front. L’œuvre, entièrement figurative, est imposante : 204 cm x 204 cm pour le panneau central, 204 cm x 102cm pour les panneaux latéraux et 60 cm x 204 cm pour la prédelle ; le spectateur s’y sent ainsi d’avantage intégré (elle se présente comme une sorte de paysage dans son champ de vision).
La technique de la tempera sur bois, employée par Dix pour ce triptyque, rappelle celle des anciens comme Jérôme Bosch et son Jugement Dernier

Le triptyque : une disposition à l'origine religieuse
Au MoyenÂge, la présentation des œuvres sous forme de triptyque (mais aussi de polyptyques) se développe au sein de l’art religieux européen. Le chiffre trois (trois panneaux) représente la Sainte Trinité (les trois hypostases : Père, Fils et Saint-Esprit). Il est de même souvent possible de diviser le panneau central d’un triptyque dans le sens de la hauteur : dans la partie supérieure on retrouve les cieux,les anges, les dieux, au centre les personnages qui se « purifient » en vue de leur « montée » aux Cieux, dans la partie inférieure le monde des Hommes. On y retrouve parfois une scène de l’Enfer.
Une utilisation détournée du triptyque
En dépit de la similitude des techniques utilisées (tempera sur bois, tout comme a Moyen Âge), on constate au premier regard que La Guerre ne présente aucunlyrisme religieux : le thème des tranchées est représenté froidement, de façon prosaïque. Pire, si l’on décompose le panneau central selon la méthode évoquée précédemment (cieux/espace sanctification/monde terrestre), on peut remarquer plusieurs aberrations à l’art religieux : dans la zone des Cieux sont représentés en général les dieux et angelots, or le rôle de l’angelot semble ici joué par uncadavre lourdement suspendu à une poutre métallique (et drapé, contrairement aux angelots plus classiques, d’un linge grisâtre et en lambeaux) qui pointe d’un doigt raidi le passage obligé, la mort cruelle et douloureuse (et surtout la pourriture de l’enveloppe charnelle).
Dans la partie centrale, les « futurs saints » sont un soldat nanti de son masque à gaz et de son casque lourd, figure phare...
tracking img