Parade, ballet de satie, cocteau et picasso

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 9 (2222 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 5 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Parade, ballet de Satie, Cocteau et Picasso : réception

"Parade où l'on a découvert mille intentions, Parade, "ballet cubiste", Parade, folie, scandale, Parade "pétarade" pour les journaux illustrés à peu près comme le Sacre du printemps massacre le printemps." [1]
Le 18 mai 1917, quand le rideau tombe sur Parade, un véritable tumulte d'applaudissements et de sifflets envahit la salle. Ungrand nombre de "ballettomanes invétérés" [2] crie au scandale et quelques admirateurs manifestent leur enthousiasme. Pour la première fois, des artistes de Montmartre et de Montparnasse s'introduisent dans le monde du ballet et y trouvent la possibilité d'une réconciliation entre cet art "bourgeois" et leurs préoccupations.
Pourtant, la majorité des critiques attaque Parade sur tous les fronts et,si quelques unes apparaissent plus conciliantes, toutes reflètent une totale incompréhension:
"Chaque matin m'arrivent de nouvelles injures, quelques unes de fort loin car les critiques s'acharnent contre nous sans avoir vu ni entendu l'oeuvre ; et, comme on ne comble pas des abîmes, comme il faudrait reprendre à partir d'Adam et d'Eve, j'ai trouvé plus digne de ne jamais répondre. Je consultedonc du même oeil surpris l'article où on nous insulte, l'article où on nous méprise, l'article où l'indulgence le dispute au sourire, l'article où on nous félicite tout de travers." [3]
Les récits pittoresques de Cocteau décrivant les réactions du public de 1917 manifestent son goût pour le scandale et son désir de comparer Parade au premier spectacle qui fut pour lui une révélation, le Sacre duprintemps. "On voulait nous tuer, écrit-il, des femmes se précipitaient sur nous avec des épingles à chapeaux (…). J'ai entendu les cris d'une charge à la baïonnette dans les Flandres, mais ce n'était rien comparé à ce qui s'est passé cette nuit-là au Théâtre du Châtelet." [4]
Les allusions de Cocteau à la situation de guerre dans laquelle se trouve la France en 1917 ne sont pas gratuites; ellesfont référence aux accusations de "Sales Boches" essuyées lors de la première. La nouveauté est rapidement ressentie comme une trahison, un geste dépréciatif face aux valeurs nationales, voire une "tentative inspirée par les Allemands pour rompre la solidarité française" [5]. Le cubisme, particulièrement attaqué, est transformé en "Kubisme". Selon Fermigier, "est "boche" à l'époque tout ce qui estrectiligne, peu coloré, souligne les angles, affirme les volumes" [6]. De plus, une semaine plus tôt, Diaghilev était traité de "bolchevik" pour avoir fait apparaître le drapeau rouge dans le final de l'Oiseau de Feu; à la sortie de Parade, les observateurs n'ont pas oublié:
"Le décor de Pic, les costumes cubistes des managers géants, l'exhibition d'un cheval clownesque, sont d'un grotesqueoutrageant pour le goût français et ce furent quelques minutes d'un beau chahut. (…) Parade est la première manifestation complète de l'art (?) nouveau, le premier essai réalisé d'alliance de musique, de peinture et de chorégraphie ultra-modernes. On fera bien de réserver cet art révolutionnaire à la Russie rouge, si toutefois elle s'en accommode." [7]
Quelques années plus tard, l'aventure de Paradeapparaît comme une véritable bataille menée par des créateurs avant-gardistes:
"Nivelle préparait sa fameuse offensive, Cocteau, Satie, Picasso et Massine montaient Parade, la plus formidable machine de guerre que l'art moderne eût encore lancée." [8]
Si les auteurs de Parade bénéficient largement du tapage fait autour de leur spectacle, la virulence de certains "échanges d'opinions" est parfoisdouloureuse. Suite à une carte postale* envoyée par Satie à l'auteur d'un article peu flatteur, le compositeur se retrouve devant tribunal pour diffamation. "Un procès s'ensuivit qui, grâce à l'ardeur combative du témoin Jean Cocteau, se termina en bataille rangée: huit jours de prison ferme, cent francs d'amende pour l'accusé. Et pour le musicien, la gloire."[9] L'article à l'origine du litige...
tracking img