Paris

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  • Publié le : 3 septembre 2011
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L’œuvre de Maurice Agulhon, bien que mal connue du grand public, a eu, pour les contemporanéistes, un retentissement comparable à ce que Marc Bloch puis Georges Duby ont apporté aux médiévistes. Il a contribué à renouveler tout à la fois l’histoire politique, l’histoire sociale et l’histoire culturelle des XIXe et XXe siècles, en posant des questions d’une grande nouveauté, puisées pour certainesdans l’ethnologie1. Maurice Agulhon, né à Uzès en 1926, a grandi dans une famille d’instituteurs, « solidement “laïques” » et votant à gauche2. Il est élevé, pour reprendre ses mots, « dans une cellule pédagogique au milieu du village »3, cellule au sein de laquelle les adultes sont plus politisés que la moyenne des Français d’alors. Il se dit lui-même « enfant de la République », instruit dansle culte de la méritocratie et du progrès. Il entre en 6e au lycée Frédéric Mistral d’Avignon en 1936, et l’on parle alors beaucoup, chez lui, du Front populaire et de la guerre d’Espagne. Lycéen à Avignon jusqu’en 1943, il intègre à l’issue de sa terminale l’hypokhâgne du lycée du Parc, à Lyon, où il apprécie tout particulièrement l’enseignement de Joseph Hours, qui a côtoyé Marc Bloch dans laRésistance. Il y bénéficie également des cours de Jean Lacroix, et des conférences de Henri-Irénée Marrou - alors professeur à l’Université de Lyon - tous deux catholiques progressistes. C’est ainsi qu’il se passionne pour l’histoire. Et c’est aussi en appréciant le rôle des communistes dans la Résistance qu’il rejoint le Parti communiste en 1946. Il réussit, en 1946 également, le concours d’entrée àl’École normale supérieure de la rue d’Ulm, d’où il sort cacique de l’agrégation d’histoire en 1950. Il enseigne alors quelques temps dans des établissements du secondaire, à Toulon, en 1950-1951, puis au prestigieux lycée Thiers de Marseille, de 1951 à 1954, date à laquelle il entre au CNRS comme attaché de recherche auprès d’Ernest Labrousse. Après trois ans au CNRS, il est recruté par PierreGuiral comme assistant à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence, en 1957. Car dès 1948, il s’est engagé dans la recherche en faisant un Diplôme d’Etudes Supérieures (ancêtre de l’actuel MASTER) sous la direction d’Ernest Labrousse, qui règne alors sur le renouvellement des recherches en histoire du XVIIIe et du XIXe siècle, en proposant une lecture des mouvements sociaux et politiques inspirée parle marxisme. Quelques années après l’agrégation, c’est donc vers Ernest Labrousse que se tourne Maurice Agulhon pour le choix d’un sujet de thèse. Il s’engage dans un travail portant sur les origines de la tradition républicaine dans la France rurale, en explorant, comme la plupart des jeunes thésards d’alors, un terrain à proximité duquel il se trouve par ses fonctions d’enseignant : le Var.Mais alors qu’il aurait souhaité travailler sur la Troisième République, car l’histoire la plus proche attirait davantage le jeune historien fort politisé qu’il était, il doit accepter de se consacrer au premier XIXe siècle, le Var sous la Troisième République faisant alors l’objet d’une autre thèse. Le Var constitue en réalité un terrain de choix, car il s’agit de l’une des régions de France où lespaysans avaient un comportement politique spécifique : durant presque tout le XIXe siècle, le progrès politique et la République s’appuyaient sur les villes, tandis qu’un vote conservateur caractérisait généralement les campagnes. Or, quelques départements faisaient exception, notamment ceux du Midi. L’étude de l’enracinement de l’idée républicaine dans le Var était donc susceptible d’apporter desfaits nouveaux. Maurice Agulhon aborde son travail de doctorat dans le contexte d’une histoire sérielle et quantitative, où les structures économiques déterminent le politique. Bref, il entre dans la carrière quand les préceptes de la deuxième génération de « l’école des Annales » sont incontestés et s’imposent à tout jeune chercheur. Pourtant, le cas varois invite à remettre en question le...
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