Parlez est-ce le contraire d'agir ?

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 12 (2991 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 22 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
PARLER, EST-CE LE CONTRAIRE D’AGIR ?

Introduction : Il peut nous arriver d’attendre des actes de la part d’autrui, et pas seulement des paroles. Nous pouvons même lui reprocher de ne pas agir, c’est-à-dire de ne pas réaliser ce qu’il a pourtant annoncé par ses paroles. Ces reproches sous-entendent qu’il est facile de parler, que parler n’engage à rien, qu’on peut très bien annoncer par laparole ce que l’on va faire, sans jamais le faire effectivement, ou en faisant exactement le contraire. A l’inverse de la parole, l’action engagerait réellement celui qui l’accomplit, elle aurait la sincérité dont manque la parole et aurait le bénéfice de pouvoir transformer un état de choses. Mais cette contradiction est-elle aussi évidente ? Parler, est-ce le contraire d’agir ?
Pour que la parolepuisse être opposée à l’action, il faudrait qu’elle soit incapable de produire des transformations, des changements, que ceux-ci affectent le monde des choses ou les relations entre les hommes. L’action par définition vise à produire quelque chose de nouveau, elle est souvent réservée au registre humain comme dans l’exemple de l’action politique. Cette dernière vise à abolir ou à modifier lesrapports humains, à inverser les rapports de force, à en instaurer de nouveaux. La parole serait-elle à ce point passive qu’elle s’avèrerait incapable d’engendrer quoi que ce soit ?
L’opposition semble aller de soi dans la mesure où l’élément principal de la parole, le mot, se définit comme un signe dont la vocation est de renvoyer à des idées préexistantes, mais qui est incapable de les modifier.Sinon, comment nous comprendrions-nous ?
Mais cette analyse méconnaît que la parole n’est pas une succession de mots, mais un discours toujours intentionnel. Cette adresse à autrui a la capacité de transformer les rapports humains, de faire passer l’homme de l’individualité à la communauté. Parler produit des effets sur l’autre, fait naître des sentiments, des idées et par là même le modifie toutcomme elle modifie le locuteur. Parler serait agir.
Pourtant, on pourrait remarquer que cette assimilation entre la parole et l’action vide la notion d’action de toute spécificité. Cette dernière consiste d’abord en un rapport pratique avec autrui, ce que n’est pas nécessairement la parole. Par contre, l’action ne serait pas ce qu’elle est si elle n’était pas accompagnée par la parole. Parler n’estpas le contraire d’agir, parler n’est pas non plus synonyme d’agir, mais la parole est la condition de possibilité de l’action.

I. Parler est tout le contraire d’agir.

Qu’est ce qui justifie que nous opposons couramment la parole aux actes et que nous attendions avant tout d’autrui qu’il agisse ? N’est-ce pas parce que seuls ses actes sont la preuve de sa bonne foi, que seuls les actespeuvent opérer le changement que nous attendons ? C’est du moins en ce sens que le citoyen d’aujourd’hui l’entend, lui qui a tôt fait de condamner un homme politique et ses projets en déclarant : »tout cela, ce ne sont que des paroles ! ». Pourquoi ce déni de la parole ? Pourquoi est-elle si peu de chose ? N’est-ce pas parce que le mot est peu de chose ?

1) la parole renvoie passivement à ce quiest.

Par définition, l’action a une portée en elle-même : nous agissons parce que nous ne nous satisfaisons pas de la situation présente, parce que nous voulons introduire la nouveauté dans le monde. La parole a-t-elle un tel pouvoir ? Non, car son élément, le mot, n’est qu’un signe. Il n’a pas de valeur en lui-même, car sa fonction est la désignation. Ce qui importe dans la parole, ce ne sontpas les mots, mais les idées auxquelles ils renvoient, car ce sont elles qui font sens. De ce fait, le mot a comme vocation de restituer les idées que les hommes se font des choses, comme le soutenait Aristote. Qu’est-ce que le mot « chat » ? Rien qu’une suite de sons dont l’usage social a déterminé qu’il renverrait à l’idée unique du mammifère miaulant, qui elle-même vaut pour tout chat existant....
tracking img