Partant de se qu'il y a de plus intime en lui, le poète exprime pourtant une expérience universelle

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  • Publié le : 5 juin 2010
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«Quelle que soit l’intensité de sa souffrance ou de sa joie, un poète en les exprimant vous fera peut-être mieux sentir les vôtres… ». Ce mot du grand Pierre Reverdy pourrait sans nul doute constituer l’épigraphe de ce devoir… Car nous nous efforcerons bien, tout d’abord, de montrer que le poète traduit son ressenti personnel, sa propre vision du monde ; puis nous tenterons d’expliquer uneliaison possible de l’ « intimité » et de l’ « universalité », propre au registre poétique - ce « registre » est grammaticalement correct, la poésie ne constitue-t-elle pas toutefois, non pas un genre littéraire proprement dit, mais effectivement une toute nouvelle façon de penser, de s’exprimer, de se mouvoir, d’agir : d’écrire, aboutissement de l’existence. Nous connaitrions de facto un monde au seinduquel tout est poésie, au sein duquel celle-ci outrepasse de surcroît la stricte production littéraire, créant ainsi un courant philosophique… Cette échappatoire permet-elle cependant la diffusion de la pensée, de l’émotion à l’Humanité tout entière ? Etudions cela dès maintenant.
La poésie est un véritable outil didactique permettant d’exprimer simplement sa pensée, avec transparence,offrant une dimension aux possibilités multiples : tout individu peut retranscrire par écrit - et donc laisser une trace dans le patrimoine littéraire de notre monde éphémère - un malaise, un mal-être - nous verrons l’exemple significatif des poètes « maudits » -, une joie, une victoire dans ou bien sur la vie. Nous pouvons alors constater l’intimité de ce type d’écrit que nous retrouvons aisémentdans l’œuvre d’Alphonse de Lamartine, d’Alfred de Vigny, de Victor Hugo, d’Alfred de Musset ou bien encore d’Arthur Rimbaud. « L’Isolement », in Méditations poétiques, traduit l’état de solitude ardemment désiré par le poète après le trépas de son aimée Mme Julie Charles, Elvire, mais également l’« isolement » physique d’Alphonse réfugié à Milly au domicile de son père. Lamartine décrit son profonddésarroi, teinté d’impuissance, dû à la perte de l’être cher, tout est désormais dénué d’attrait, le bonheur s’en étant allé : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ! ». Sa rêverie presque suicidaire le pousse à une véritable remise en cause de son existence, accablé de toutes parts - atteint par la souffrance physique, touché par la difficulté pécuniaire, ses idéaux philosophiques sontde plus bafoués - le romantique trouve ainsi refuge au sein de l’écriture poétique dans sa dimension libératrice et déclare : « Je n’imitais plus personne, je m’exprimais moi-même pour moi-même. Ce n’était pas un art, c’était un soulagement de mon propre cœur qui se berçait de ses propres sanglots. ». « La mort du loup », in Les Destinées, permet quant à elle au poète malmené par l’existenced’exalter des valeurs telles que l’humanité, la bonté, la bravoure, le courage parvenant à un stoïcisme platonicien notoire. Ce poème au symbolisme maîtrisé indique une maîtrise de soi déconcertante ainsi que d’une émotion extrême, ce loup traqué grand, fier et majestueux qui ploiera finalement face à l’Humanité triviale et « débile » des « chasseurs » n’aura pas même un instant vu sa « pudeur » virileentachée. Cette métaphore filée est caractéristique de l’état d’esprit du poète : « Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,/Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,/Et, sans daigner savoir comment il a péri,/Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri. ». Les Voix intérieures d’Hugo proposent à elles seules toute la gamme de l’inspiration lyrique et élégiaque alternant les «voix » passionnées du mari, de l’amant et du père. En effet, de son exil dans les Iles britanniques le poète ressent un profond déchirement dû à l’éloignement et à la séparation. Ses songeries dénotent du souvenir des temps heureux, des réminiscences d’un bonheur ineffable d’antan ; mais montrent également la tristesse, le désarroi d’un père impuissant, le dévouement sans bornes que celui-ci...
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