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  • Publié le : 15 avril 2011
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L’ART ET LA LITTERATURE FANTASTIQUE

Chapitre I
Le fantastique

Les dictionnaires donnent au fantastique des définitions qui tirent à hue et à dia. Nous aborderons le problème dans la conclusion. Contentons-nous d’abord de délimiter le territoire du fantastique en précisant ses relations avec les domaines voisins, le féerique, le poétique, le tragique, etc. Chacun pourra lui annexer ou nontelle ou telle province contestée. Nous étudierons ensuite l’organisation interne du monde fantastique en examinant les motifs angoissants.

1. Les frontières du fantastique

A) Le féerique
Le féerique et le fantastique sont deux espèces du genre dit « merveilleux ».Le conte populaire est unidimensionnel. Et il lui manque la dimension de numineux. Il use d’un style abstrait : ses personnagessont le roi, la méchante belle-mère ou le prince charmant. Ils ne connaissent ni Umwelt ni temps vécu. Silhouettes précises dans un pays froid, ils n’attirent pas notre sympathie. Nous ne participons pas à leur vie et leurs émois. Les héros atteignent le merveilleux au terme d’un long voyage ; mais ce merveilleux, qui va de soi, n’est pas l’irruption inexplicable du surnaturel dans la nature. Lafantaisie s’y déploie librement. Le récit fantastique, au contraire, aime nous présenter, habitant le monde réel où nous sommes, des hommes comme nous, placés soudainement en présence de l’inexplicable. Alors que le féerique place hors du réel un monde où l’impossible, partant le scandale, n’existent pas ; le fantastique se nourrit des conflits du réel et du possible.
Mais, à côté du merveilleuxrose, il existe un merveilleux noir où fantastique et féerique se rejoignent. Nous pouvons sans difficulté imaginer la joie dans un univers élyséen – et c’est même dans les pays lointains et les temps reculés que les hommes ont supposé le bonheur parfait – mais il n’est guère possible de rêver la peur sans l’éprouver un peu. Sorciers, diables et mauvais génies des contes de nourrices sont presquedes personnages fantastiques. Le merveilleux de L.Tieck touche au fantastique quand il se fait terrifiant. Le fantastique des romans gothiques est un merveilleux effrayant : les châteaux hantés sont aussi inquiétants que possible ; mais ces châteaux, taillés dans la matière de la peur plutôt que dans celle du réel, sont conçus comme imaginaires, partants, irréels. Nous mettons ici le doigt sur uneantinomie du fantastique : le réel est rassurant, parce qu’on n’y rencontre pas de fantômes, l’imaginaire l’est aussi, puisqu’il ne nous menace pas. L’art fantastique doit introduire des terreurs imaginaires au sein du monde réel.

B) Les superstitions populaires
Le frisson que donnent au lecteur moderne les récits fantastiques, la littérature d’imagination scientifique, les tableauxsurréalistes, le peuple le connaissait déjà grâce aux légendes qui se transmettaient de génération en génération. Les histoires de revenants, de loups-garous, de vampires et de jeteurs de sorts, ont fait naguère l’angoisse et les délices des paysans réunis l’hiver autour du feu. Ce sont bien les mêmes thèmes qui apparaissent dans les récits traditionnels et les contes modernes.
Mais public ancien et publicmoderne n’avaient pas même mentalité. Tout d’abord le lecteur ne se demande pas si le récit est vrai. Il sait l’histoire imaginée, son auteur l’appelant conte. L’auditeur de naguère connaissait un état d’âme ambigu, que la mentalité moderne a fait éclater en intérêt pour la recherche parapsychologique à prétention scientifique d’une part, en goût pour l’art et la littérature fantastique d’autrepart.

D’un côté il se demandait si le récit rapporté était bien vrai. Il appliquait de manière rudimentaire les règles de la critique historique : un récit vrai est rapporté par un témoin digne de foi, il est corroboré par divers témoignages, il est conforme aux traditions ancestrales et aux croyances religieuses. C’est donc un récit qui tend à réduire la part de l’imagination, maîtresse...
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