Pascal - le temps

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  • Publié le : 25 mai 2009
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« Nous ne nous tenons jamais au moment présent. Nous rappelons le passé; nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours, ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt, si imprudents que nous errons dans des temps qui ne sont point nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient, et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, etéchappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu'il nous afflige, et s'il nous est agréable nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver. Que chacun examine ses pensées.Il les trouvera toutes occupées au passé ou à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le passé et le présent sont nos moyens; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyonsjamais.»
Pascal, Pensée 47 (édition Lafuma)
 
Analyse globale
 
Thème: le rapport de l'homme au temps et ses répercussions sur le bonheur qu'il est susceptible de connaître.
Question : le texte s'efforce de répondre principalement à la question : pourquoi les hommes ne savent‑ils pas vivre dans le présent ? 
Et il en soulève plusieurs telles que : n'avons‑nous aucun moyen de remédier à cedéfaut ? Est‑ce d'ailleurs complètement un défaut ? Faut‑il aller jusqu'à dire que le bonheur est impossible et pourquoi?
Thèse : l'homme passe à côté du présent en fuyant vers le passé et l'avenir, ce qui le rend incapable d'être heureux.
Plan : Le texte est composé selon une logique d'approfondissement progressif et d'implication croissante du lecteur Ainsi, pour donner à penser notre rapport autemps, il commence par décrire ce rapport, caractérisé par la fuite hors du présent avant de l'expliquer et d'en faire tirer, par le lecteur, la conséquence existentielle. Du début à «... le seul qui subsiste », l'auteur commence par constater que, fuyant vers le passé et l'avenir,  nous ne tenons pas au présent. Puis, de « C'est que le présent... » à «... aucune assurance d'arriver », il indiquela raison pour laquelle nous fuions vers le passé et l'avenir. Enfin, dans un troisième temps, il approfondit cette double échappée en l'expliquant la fuite vers le passé par celle vers l'avenir et conclut en montrant les conséquences sur notre bonheur de l'orientation inconsidérée que nous donnons ainsi à notre vie.
 
Introduction]
 
[Entrée en matière possible]
Seul le présent nous estdonné à vivre. Déjà Saint Augustin le soulignait fortement dans ses Confessions. Pourquoi sommes-nous alors le plus souvent occupés par ce qui a été ou pourra être au lieu de nous investir dans le présent ?
[Présentation du passage à étudier]
Cette question, Blaise Pascal se l'était déjà posée au XVIIe siècle. Dans un extrait de ses Pensées relatif à notre rapport au temps,  il affirme que l'hommepasse à côté du présent, et ainsi du bonheur, à force de nostalgie et d'espérance.

[Annonce du développement]
Une étude attentive de ce qu'il dit de notre fuite hors du présent devrait nous permettre de savoir pourquoi il en est ainsi, et d'envisager, en conséquence, un rapport plus serein au temps qui passe.
 
[Développement]
Voulant mettre en évidence l'inconséquence de l'homme dans sonrapport au temps, Pascal commence par constater que « nous ne nous tenons jamais au temps présent ». Ne pas se tenir à cela seul qui nous est donné de vivre authentiquement, réellement, renvoie à l'idée d'une incapacité de l'homme à assumer la réalité. De même qu'on se tient à une décision qu'on aurait prise ou à un principe moral qu'on s'efforce d'appliquer, il faudrait trouver en nous la...
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