Pascal liasse 2

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  • Publié le : 4 février 2010
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Pascal, Pensées, liasse II

Le point de départ: description de l'homme

La première partie des liasses classées présente un ensemble de réflexions sur la condition de l'homme. L'attitude qu'y prend Pascal est originale en ce qu'il ne traite pas de ce sujet en prenant les perspectives habituelles de la littérature religieuse. Jean-François Senault avait consacré tout un volume à la descriptionde l'Homme criminel. On y a vu parfois une des sources de Pascal, mais il faut bien reconnaître que l'orientation prise par Senault est tout à fait différente. Son étude de l'homme part d'un fondement théologique puisqu'il commence par établir que notre condition s'explique par le péché originel. Si la notion de péché originel apparaît chez Pascal, elle ne constitue pas le point de départ. Eneffet, le souci qu'a Pascal de choisir une démarche conforme au souci d'efficacité, pour la persuasion du libertin qu'il veut conduire à la religion chrétienne, l'empêche de fonder sa démonstration sur le recours préalable à l'exposé d'un dogme. La seule justification du dogme serait l'autorité et le libertin refuse l'autorité, Pascal se garde donc bien d'adopter une attitude théologique, son étudede l'homme est conçue comme une véritable anthropologie fondée sur l'expérience et le raisonnement.
Si la démarche intellectuelle, les arguments et la présentation n'ont rien de théologique, il faut reconnaître cependant que Pascal a sa « pensée de derrière la tête » (fr. 659). Sa propre conception de l'homme lui vient de la tradition augustinienne qui souligne constamment l'opposition entre lanature de l'homme telle que Dieu l'a créée et l'état de déchéance qui est la conséquence du péché originel. Ainsi s'explique le parti de présenter la condition humaine sous forme d'un diptyque : d'un côté la bassesse de l'homme, de l'autre côté sa grandeur.

La description de la bassesse de l'homme est fortement marquée par les emprunts à Montaigne et par l'influence de la Sagesse de Charron. Ladivision adoptée par Pascal : « vanité, misère, ennui » a été suggérée par le plan de « la generale peincture de l'homme » esquissé par Charron dans le premier livre de la Sagesse.
I. Vanité
II. Foiblesse
III. Inconstance
IV. Misère
V. Présomption
Pascal conserve les titres« Vanité » et « Misère »; il fait entrer dans la liasse « Misère » quelques remarques analogues à celles que Charron mettait dans son chapitre « Foiblesse ». Il répartit entre les liasses « Vanité » et « Misère » des fragments sur l'inconstance. On peut cependant remarquer que Pascal ajoute à la série des thèmes énumérés par Charron un thème qui lui est original : celui de l'ennui. La liasse qui porte cetitre ne contient que trois petits fragments, ce qui ne permet pas de savoir comment Pascal analysait cet aspect de la condition humaine. C'est seulement lorsqu'il abordera le problème du divertissement qu'il utilisera vraiment cette notion d'ennui.

Vanité

La diversité des remarques contenues dans la liasse « Vanité » oblige à constater qu'il s'agit là d'un thème extrêmement riche en raisonde la polysémie du terme lui-même. La vanité c'est d'abord la manifestation du désir d'être approuvé par autrui, le désir de produire de l'effet.
C'est aussi l'inanité, c'est-à-dire le caractère de ce qui est vain, vide, sans solidité, sans durée. Pascal emprunte sans doute la notion à Charron (1, 38) :

Cette vanité se desmontre et tesmoigne en plusieurs manieres : premierement en nospensées et entretiens privés, qui sont bien souvent plus que vains, frivoles et ridicules...
Encores une plus sotte vanité est ce soin penible de ce qui se fera icy, après qu'en serons partis...
Voicy une autre vanité, nous ne vivons que par relation à autruy...
Finalement la couronne et la perfection de la vanité de l'homme se monstre en ce qu'il cherche, se plaist, et met sa...
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