Passions et philosophie

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  • Publié le : 29 août 2011
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LES PASSIONS DANS LA PHILOSOPHIE

la philosophie se rapporte de manière essentielle à la raison, en tant qu’elle est d’une part science autonome, c’est-à-dire connaissance fondée sur les facultés naturelles de l’homme, et prétendant à une certaine forme d’objectivité, celle qui correspond à la capacité discursive, c’est-à-dire à l’activité rationnelle. D’autre part, en tant que recherche de lasagesse, la philosophie se conçoit également comme une forme de connaissance dont la portée est pratique, et qui conduit à un mode de comportement fondé sur la reconnaissance du vrai. Cette manière de se comporter qui correspond à la sagesse se définit donc également par rapport à la raison. En effet, le comportement du sage se distingue par le fait qu’il peut se justifier rationnellement, nonseulement face aux autres, mais également dans l’esprit de chacun, de manière immanente. Le sage ou le philosophe est celui qui s’est résolu à se gouverner selon sa raison, aussi bien dans le monde des idées que dans la réalité. Au contraire de la raison, les passions représentent les impulsions primitives, qui ne reconnaissent pas l’ordre rationnel, mais relèvent d’une sorte de désordre naturel oùles forces vitales s’expriment de manière anarchique, même si elles obéissent peut-être à des lois naturelles. Par conséquent, les passions représentent d’abord le milieu de la vie non philosophique, éloignée à la fois de la connaissance de la vérité et de la cohérence du comportement qui caractérisent le sage. Par rapport à l’entreprise du philosophe, les passions apparaissent donc comme unélément perturbateur, comme des forces à dominer ou, éventuellement, à détruire. Il semble donc y avoir un intérêt pour le philosophe à connaître ces forces pour ainsi dire ennemies, de manière à les soumettre à la raison, déjà par la connaissance, et ensuite dans la pratique. Mais comment peut-on aborder rationnellement ce qui semble être l’opposé même de la raison ?
Comme on le voit la question despassions est l’une de celles où la philosophie se trouve amenée à réfléchir à ce qui la nie, à ce contre quoi elle doit lutter pour se poser, à ce qui constitue donc son opposé. Dans la mesure où elle se définit par rapport à la raison, non seulement en tant qu’elle use de la raison, mais encore en tant qu’elle se rapporte rationnellement à la raison, elle se trouve nécessairement confrontée à ce quis’oppose à la raison ou à ce qui lui reste étranger. En effet, la philosophie ne trouve pas la raison toute donnée, déjà accomplie et parfaitement définie, de telle manière qu’elle n’aurait qu’à s’en saisir ou à s’y soumettre, comme si elle était une voix qui pouvait parler sans l’action du philosophe et qu’il lui suffise d’écouter. En tant que la connaissance ou la sagesse n’est pas donnée, maisqu’elle doit être cherchée, et cela de manière autonome, il se pose pour le philosophe la question de la définition de la raison elle-même, et par conséquent de sa délimitation. Or les limites de la raison apparaissent sur le fond de ce qui n’est pas elle. Ce fond peut apparaître sous différentes figures, telles que celles de la réalité brute, de l’imagination, de la foi, ou, justement, celle despassions. Mais si c’est par confrontation entre la raison et ce qui n’est plus elle que la philosophie peut se poser, alors, en tant que les passions sont des forces qui s’exercent en nous et qui tendent à contredire la raison, c’est aussi à travers une sorte de lutte contre elles, semble-t-il, que la raison doit se définir et dessiner elle-même ses limites.
Par conséquent, dans l’effort pourdistinguer la raison des passions et établir entre elles une frontière, c’est bien la question de la définition de la philosophie elle-même qui se pose, dans la mesure où l’activité philosophique est rationnelle et implique cette séparation.
On dit que la philosophie peut s’exercer à propos de n’importe quel objet, et c’est probablement vrai. Mais on constate pourtant qu’elle a des objets...
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