Paul valery

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  • Publié le : 5 juin 2011
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Pour aborder la question d’un éventuel rapport entre art poétique et art d’aimer chez Valéry, j’ai choisi de concentrer mon attention sur une figure particulière, celle de Narcisse, en cherchant à étudier comment ce personnage, qui parcourt l’œuvre de Valéry, établit un lien inédit entre l’art poétique valéryen et une forme singulière d’érotisme. L’œuvre de Paul Valéry se caractérise en effet parl’importance quantitative des textes théoriques, des Cahiers aux essais plus connus (Tel Quel, Variété). Valéry est d’ailleurs (quantitativement) davantage un critique, un théoricien de la poésie, qu’un poète. Il est également considéré comme l’inventeur de la poétique moderne, puisque le cours de Poétique du Collège de France a été crée à son intention. La théorie poétique de Valéry offre unpremier point commun flagrant avec le principe même d’ « art poétique », puisque Valéry insiste, dans tous ses textes théoriques, sur le travail du poète, s’inscrivant systématiquement en faux contre l’idée d’inspiration poétique :
L’exercice de la poésie laborieuses m’a accoutumé à considérer tous discours et toute écriture, comme un état d’un travail […] ; et ce travail même comme ayant une valeurpropre1.
On rejoint donc ici la définition stricte de l’art poétique comme savoir-faire, comme technique. On touche également à une question présente dans l’Ars Amatoria d’Ovide : celle de la tension entre ars et ingenium, artisanat et inspiration. Mais cette conception de la poésie comme technique, comme labeur, ne suffit évidemment pas à faire de l’ensemble des textes valéryens un artpoétique. L’un de ces textes, présent dans Variété, semble cependant correspondre aux critères permettant de définir les arts poétiques. Il s’agit d’un texte intitulé « Calepin d’un poète »2. En effet, ce texte choisit comme but de définir les étapes permettant d’« arriver à la poésie »3, « les moyens de provoquer un état analogue à l’état précédent [il vient de décrire l’état d’émotion poétique], deproduire artificiellement ce genre d’émotions.4 » D’un point de vue formel, on retrouve à plusieurs reprises des adresses au lecteur, ou plutôt à l’apprenti poète, sous la forme de la deuxième personne du singulier (« si tu veux faire des vers…5 »), ce qui établit un parallèle supplémentaire, certainement volontaire, entre ce texte et le modèle antique de l’art poétique. Nous tenterons donc de fondernotre réflexion à propos de Narcisse sur les principes développés dans ce texte.
Mais venons-en donc à Narcisse : en quoi cette figure peut-elle se révéler particulièrement efficace pour éclairer l’art poétique valéryen ? Ce personnage parcourt l’intégralité de l’œuvre de Valéry, puisque le premier poème éponyme date de 1891 (Valéry avait alors vingt ans), et le dernier, de 1941 (soit 4 ans avantla mort de Valéry). Cinquante ans, donc, séparent le premier poème de son ultime variation. En cinquante années, Valéry a publié huit textes sur ce thème, qui a donc traversé la totalité de sa carrière poétique. Il existe trois variations principales : « Narcisse parle », « Fragments du Narcisse » et « Cantate du Narcisse », auxquelles s’ajoutent des ébauches et versions non définitives, maisnéanmoins publiées. A ces textes, il faut rajouter un dernier, « l’Ange », datant de mai 1945 (deux mois avant la mort de Valéry, donc), où le nom de Narcisse n’apparaît pas mais qui reprend le même schéma. Le premier fait frappant est donc ce grand nombre de textes, comme autant de variations sur le même thème, de métamorphoses de Narcisse, sur le modèle ovidien. Ce principe de variations correspondjustement à l’une des grandes convictions de Valéry en matière de poésie, selon laquelle il n’est pas dévalorisant, bien au contraire, de produire plusieurs versions d’une même pièce, comme autant de retouches dans le sens d’une amélioration continuelle, de la quête d’une perfection achevée :
Une œuvre n’est jamais nécessairement finie, car celui qui l’a faite ne s’est jamais accompli, et la...
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