Pauvre rutebeuf

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  • Publié le : 3 octobre 2010
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COMMENTAIRE COMPOSÉ SUR « PAUVRE RUTEBEUF »

TEXTE ANALYSÉ

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté quim'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu Pauvre sens et pauvre mémoireM'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta  

Rutebeuf (1230-1285)
Adaptation en français moderne de la Griesche d'Hiver. | |
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PLAN DE DÉVELOPPEMENT

1. La vie du poète est une accumulation de malheurs.
* Ilsouffre de solitude.
* Il constate la fragilité de l’amitié et de l’amour.
* Il est accablé par la pauvreté et la honte.

2. Cette infortune est symbolisée par l’action destructrice d’un vent ennemi.
* Ce dernier emporte tout sur son passage.
* L’action hostile de ce vent suit une habile gradation.

INTRODUCTION

Au XIIIe siècle, la poésie, jusque-là d’inspirationcourtoise, devient plus personnelle : on assiste alors à la naissance à la poésie lyrique. Le plus célèbre représentant de ce nouveau courant littéraire, Rutebeuf, a écrit la « Complainte Rutebeuf », dont Léo Ferré, en 1956, a tiré une chanson intitulée « Pauvre Rutebeuf ». Ce texte souligne d’une manière émouvante les malheurs de l’être humain et les symbolise en employant l’image d’un vent froid ethostile.

DÉVELOPPEMENT
La première impression qui se dégage de ce poème est la solitude douloureuse de Rutebeuf, qui parle à la première personne. Celui-ci commence par se demander, dès le premier vers, « que sont [ses] amis devenus ». À la peine de les avoir perdus s’ajoute l’inquiétude au sujet de leur sort. Il s’interroge et ne sait pas bien ce qui leur est arrivé, eux qu’il dit avoir « tantaimés » (v. 3) et « de si près tenus » (v. 2), c’est-à-dire tenus si près de son coeur. Cette longue interrogation sur cinq vers au sujet du sort des amis est répétée intégralement à la troisième strophe pour mieux souligner l’inquiétude et la désolation éprouvées par le poète. De plus, l’auteur constate la fragilité des relations humaines en observant le travail cruel des années pendantlesquelle ses amis se sont « trop clairsemés » (v. 22), ce qui l’amène à conclure tristement que « L’amour est morte » (v. 24). Il importe de faire remarquer que ce n’est plus seulement l’amitié mais bien l’amour, sentiment plus profond, qui serait définitivement disparu de sa vie. Cette phrase de quatre mots (« L’amour est morte »), qu’elle soit inspirée par la disparition des amis ou par les rupturessentimentales, traduit le désespoir du poète délaissé, d’autant plus qu’elle est répétée à la première, à la troisième et à la quatrième strophe. Par ailleurs, le poète connaît aussi d’autres malheurs, puisque « Le mal ne sait pas seul venir » (v.25). En effet, il souligne la pauvreté qui l’accable, « Qui de partout [lui] fait la guerre » (v. 14), exprimant par cette métaphore que la pauvretécherche à l’atteindre de toutes les manières pour l’anéantir. Il parle plus précisément de la pauvreté de ses « sens » (v. 28), pour désigner son esprit), de sa « mémoire » (v. 28) et de ses conditions matérielles (« rente », v. 30), dont il souffrirait à cause de la malveillance de Dieu lui-même, précise-t-il. En plus de la pauvreté qui s’acharne contre lui, il avoue souffrir d’une honte suite...
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