Peine de mort

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  • Publié le : 30 décembre 2010
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Monsieur le Président,

Voila maintenant plus de vingt ans que mon père a été séparé de moi... Mon père, cet homme que vous avez condamné à mort pour un acte qui, selon vous, aurait valu une telle peine.

Je n'avais que trois ans lorsqu'il fût exécuté, ma mère, elle, était morte peu après m'avoir mise au monde.
J'ai été recueillie par de braves gens qui m'ont donné tout l'amour qu'ilspouvaient, mais cela ne suffisait point à combler l'absence d'une mère et d'un père.

Il y a peu, mes parents de substitution m'ont fait lire le journal intime de mon père ; ce fût un choc pour moi, et c'est la raison pour laquelle je vous écris cette lettre... Vivre, même par écrit interposé, les dernières heures d'un homme que je ne me souviens plus avoir eu le temps d'appeler "Papa", quelleexpérience !
Vous souvenez-vous de votre enfance, Monsieur Le Président ? Vous souvenez-vous d'avoir sauté sur les genoux de votre père peut-être ?
Pas moi.
Vous m'avez ôté ce simple bonheur. Au nom de votre certitude, : celle qu'il fallait débarrasser la société d'un coupable et pour cela, l'envoyer à l'échafaud. Mais dites-moi, Monsieur le Président, avez-vous, un seul instant, envisagé lapossibilité d'avoir condamner un innocent ?

En condamnant mon père à mort, vous n'avez pas fait qu'une victime : j'en suis devenue une, moi aussi.
Les condamnés ont parfois une famille, pensez-vous à elles lorsque vous prononcez votre sentence ? Comment vous imaginez-vous qu'elles subviennent à leur besoin ?
Que croyez-vous qu'elles deviennent "après" ?
Et quand cette famille est une petite fille detrois ans que vous laissez ainsi seule au monde... une pensée sur son sort vous effleure t'elle lorsque vous signez le verdict ?

Vous prétendez "édifier le peuple" en lui livrant en pâture le supplice d'un soi-disant coupable, mais ce n'est qu'un spectacle ! Un spectacle décadent dont les spectateurs se repaissent comme ceux qui assistaient jadis aux sacrifices des premiers Chrétiens jetés auxlions dans les arènes d'une Rome moribonde...
Un horrible spectacle, certes, mais qui n'a jamais dissuadé un seul criminel de commettre ses forfaits !

Vous reprochez à un criminel d'avoir du sang sur les mains, et pour "montrer l'exemple" vous trempez les vôtres dans son sang. Quel exemple pensez-vous donner là, Monsieur Le Président ? "Je suis le plus fort, j'ai raison, donc je peux te tuer".Voilà le seul message que vous faites passer, un message bien compris par les criminels, sans aucun doute, puisque c'est très exactement ce qu'ils doivent penser en commettant leur crime...

Qu'il faille protéger la société, j'en suis convaincue, mais une condamnation à perpétuité ne suffirait-elle pas ? Je pense que la solidité de vos barreaux et la rigueur de vos geôliers garantiraient toutautant la sécurité de nos semblables.

Et la réhabilitation, la rédemption même, n'existeraient-elles pas ? Je ne parle pas du pardon qui peut sembler difficile à accorder dans certains cas par les pauvres humains que nous sommes, mais pourquoi ne pas envisager de mettre la vie de ces êtres au service de leurs semblables ? Une vie de service, un moyen de se racheter sur cette terre comme au-delà,une "deuxième chance" en fait, n'est-ce pas le moins que nous devrions accorder aux êtres imparfaits que nous sommes tous ?
Qu'est-ce qui nous dit que demain, vous, moi, votre voisine ou mon boulanger, par accident ou pris d'un accès de folie ne commettra pas l'irréparable ?

Mais d'ailleurs, qui vous certifie, Monsieur le Président, que vous ne l'avez pas déjà commis ? Etes vous donc omniscientpour être certain de ne jamais avoir commis la moindre erreur ? Chacun des criminels que vous avez envoyé à l'échafaud était-il bien certainement coupable de ce dont on les accusait ? Oh, certes, mon père a avoué, je l'ai lu dans son carnet, mais pour un coupable, combien d'innocents exécutés à tort ? L'erreur judiciaire existe, Monsieur le Président, et cela ne remet nullement en cause ni le...
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