Penser la mort?

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 17 (4004 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 27 juin 2013
Lire le document complet
Aperçu du document
Penser la mort?
« Le pire c’est qu’il n’y a rien à dire »
Michel Foucault

Penser la mort est d’abord penser la vie, toutefois, penser la vie ne peut se faire s’en inclure une réflexion sur la finitude inexorable de l’homme. La mort, la vie ne peuvent se comprendre quand posant la question de l’être, étant le substrat de ces deux impératifs existentiels antinomiques. L’écrit s’attachera àdéfinir ce pour quoi la mort, nonobstant son caractère irréductible et imprescriptible, est loin d’avoir le plébiscite de la raison, de l’être, de l’humanité et de chaque individu dont les battements de cet organe vital qu’est le coeur bat la mesure d’un hymne à la vie. « Qu’est-ce que c’est que cette conscience par laquelle je pense la mort? »[1] Le présent écrit n’a point la prétention de faire unesynthèse ou d’éclaircir ce phénomène, mais bien de rendre compte du substrat paradoxal de la condition humaine faisant de lui un être aussi infini que fini, aussi existant qu'évanescent. Être et avoir été. L’analyse s’articulera essentiellement autour de l’oeuvre majeure du philosophe Vladimir Jankélévitch, La mort. L’écrit traitera en première partie de la correspondance, si correspondance il ya, entre la vie comme épistémè de la mort, pour ensuite se concentrer sur ce que Jankélévitch appel la symétrie spatiale et non temporelle entre la vie et la mort.

La vie, épistémè de la mort?
« Philosopher est apprendre à mourir », écrit Platon dans le Phèdre. Et Spinoza de répondre que la « sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie »[2]. La mort, le mourir, la fin, lafinitude consubstantielle à l’être, demeure un mystère et une incompréhension dans la mesure où elle ne semble guère faire de sens a priori et qu’elle ne peut s’expérimenter. La mort est un phénomène indubitable qui est l’apanage de l’humanité et s’inscrit dans tout ce qui fait le tragique humain. Celle-ci ne s’appréhende que médiatement, par les autres qui m’entourent, à la deuxième personne pour ainsidire et jamais à la première personne. Et ce, aussi près de la mort que nous pouvons nous approcher à l’instar d’un papillon qui ne connaît la réalité du feu embrasant que si sa témérité l’amène à s’en approcher de manière telle qu’il se consume sans avoir le pouvoir de se départir de cette étreinte chaude et mortelle. La mort de soi se connaît par la mort de l’autre, par effet de miroir. Elleest un phénomène qui, aussi aporétique qu’il puisse paraître, participe de l’être et c’est dans cette réalité de l’être et plus précisément de la conscience que l’être a d’être que la mort fait son apparition dans la conscience, dans la mesure où, suite à cette conscience d’être, l’existant survole son devenir. Cette projection de soi dans son propre devenir, aussi prégnant que soit le sentimentdémiurgique et immortel, rencontre inexorablement celle que la tradition surnomme la faucheuse. L’homme est un être-pour-la-mort selon les termes de Heidegger. Toutefois, la mort considérée comme un état de non-être ou de cessation de l’être semble étrangement absente dans la notion de l’être. Vladimir Jankélévitch dira qu’« elle est le problème par excellence et même en un sens le seul.[3] » L’hommeest condamné à mourir aussi paradoxale que cela puisse être et pensée la mort est chose malaisée ne pouvant se fier à aucun constat empirique ni a aucun postulat spéculatif. « Le dernier acte est sanglant, écrit Pascal dans ses pensées, quelque belle que soit la comédie en tout le reste : on jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais. »[4]
L’en-deçà de la mort, l’être vivantpensant la mort, n’a guère de matériaux pour construire une pensée sur ce qui est, par essence, absence de pensée. Piaget disait qu’on ne comprend bien qu’en se décentrant, mais même dans cette posture comment l’être peut-il penser le non-être, d’autant plus qu’il lui est déjà malaisé de penser l’être?[5] La vie ne nous parle pas du néant, la vie ne nous parle que de la vie, n’aura de cesse de...