Personnages chez oscar wilde

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  • Publié le : 9 mai 2011
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Ca commence toujours anodinement, comme ça, par un désinvolte « pourquoi pas », lancé trop vite entre deux routes qui se séparent et qui pressent de répondre ; et ça finit inévitablement quelques jours plus tard, par une main plongée dans ma chevelure emmêlée, la moue incrédule et la phrase de circonstance « mais qu’est-ce que je fous là ?! ». On ne perçoit jamais sa propre démesure avant d’enavoir été victime. On se dit que c’était pourtant facile de refuser, d’invoquer quelconques retenues ou autres obligations, mais non, on y est, là, au milieu des drames et des comédies, avec comme seule consolation l’évocation de l’hypothétique sortie de secours (Existe-elle?). Et voici LE moment où le regret, la souffrance du présent et l’appel de l’avenir se rejoignent. Ici, sous ces lames grisesque je ne peux dompter, condamner à m’incarner pour ne pas disparaître. « Bientôt tout sera fini » (Je le répète inlassablement pour me convaincre). Je n’entendrais plus aucun tumulte autour de moi, je n’aurais plus à souffrir de l’infamie. Il y a aura quelques voix encore, mais recourbées, douces, retenues… Je marcherais sous les vapeurs de l’aube, porté par ces soudaines impulsions de vie, aumilieu des murmures de la Nature et je lui rapporterais mon ultime aveux: Eveillé, rester éveillé… rien que pour voir… pour contempler… pour pleurer, en silence… dans la solitude… Et puis manquer de s’étouffer…par amour du Tout. Prendre ce Tout, jusqu’à ne plus en pouvoir…jusqu’à en succomber… s’effondrer… éparpillé, dispersé… puis retrouver l’élan… y croire à nouveau… »

« Oh l’gadjo,t’accouches ? On va pas y passer la nuit ! Tu t’es cru à la playa ou quoi ? Hiro, bordel de merde, j’te cause !! Magnes toi l’dèrche! ».
Le réel. La plonge. Le malaise. Je lâche l’assiette qui se pulvérise au sol. Je ressens soudainement une douleur. De l’eau brûlante coule sur mes mains. Depuis combien de temps ? A la vue de la vaisselle en miette, le patron lève la main furieux, m’insultant en arabe. Je nele comprends pas. Je m’accroupis difficilement, pour ramasser. Derrière, les serveurs et les boys boys entassent sans temps morts des piles de verres et de couverts, recouverts de crasse et de restes des repas. Le temps pressent, ils mélangent tout. Je ne peux plus regarder le ciel. La plonge est nimbée d’obscurité. En vérité, je crois qu’ils n’apercevraient même pas mes larmes si je pleurais,mais lorsque je cède aux cordes du désespoir, je suis obligé de sangloter, et mes sursauts d’épaules me trahissent toujours, alors je retiens tout, je le garde dans ma gorge, et je les crache dans l’évier ou au sol, et puis je les écrase… j’écrase mes larmes, et je les mêle à la boue pour les faire disparaître…

J’ai dans les mains, ce que ces gens n’ont pas voulu, ce qu’ils n’ont pas daignéavaler… Tout se mêle en une immonde bouillie que je pousse de mes doigts tremblants. J’ai la nausée. Je dois la dissimuler. En vain. Mes côtes pliées, je sens un violent spasme m’envahir. Inévitablement, sans même avoir le temps de crier « gare ! », je déverse dans la panière les maux de mon intérieur, genoux à terre, bile dégoulinante. J’ai mal mais je n’en finis pas de me répandre. Impossible de meretenir.
C’est à présent mon tour d’être mêlée à cette fange.
Le plongeur me relève par le col, subitement, jette à mon visage un verre d’eau glacé, et reprend sa casserole négligemment. J’ai son mélange d’enduit et de savon poisseux dans le cou, je le sens s’écouler le long de mon échine. Je ne suis plus que nausée.
Dois-je abandonner ? Partir titubant, jusqu’à la ruelle de derrière, pourretrouver la fraîcheur et gagner le royaume des itinérants ? M’affaisser contre les briques et m’effriter avec elles ? J’entrevois déjà au dessus de moi, le Monde vacillant, mon vertige et le sommeil… enfin accessible.

« Qui m’empêcherait de m’abîmer au sol, agonisant contre le mur de mon exil ? »

Dans mes mains à nouveau des assiettes, des cris, des tasses et des ordres.
Je relance les...
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