Perspectives de bergson.

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  • Publié le : 9 août 2010
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- La perspective de Bergson reste familière. Elle n’est pas une approche purement spéculative des choses. On peut le suivre parce que certaines expériences très simples évoquent ce que dit Bergson. Parfois, nous sommes en quelque sorte absents au monde, tout en y étant présent, nous sommes absents à nous-mêmes tout en étant nous-mêmes. Nous ne sommes plus qu’une sorte de regard impersonnel. Noussommes plein du présent, nous sommes tout action. Cela n’est pas mystérieux. Il ne s’agit pas d’expériences pathologiques. Donc, d’une certaine façon, on peut dire que nous expérimentons le présent qui est décrit dans le premier chapitre de Matière et mémoire. Le présent ou la matière, ce qui est la même chose pour Bergson, est objet d’expérience, de vécu. Et là nous faisons l’expérience d’unedurée très détendue, d’une continuité sans mémoire personnelle (sans une mémoire qui implique le «Je» dans la représentation), dont le principe d’unification est l’ensemble de mécanismes sensori-moteurs, ce que l’on peut appeler aussi des synthèses passives. On a alors le sentiment d’être matière, de vibrer au rythme de la matière, en une sorte d’extase matérielle. Nous sommes dans le présent, oumieux, nous sommes le présent lui-même. Là, j’évoque des expériences «naturelles», par exemple une sorte de cœnesthésie (voir, par exemple, l’hypothèse de l’homme-enfant chez Rousseau dans l’Émile, livre 1), de distraction, ou ici, ce qui revient au même, une préoccupation obnubilante, réifiante, une attention extrême à l’action qui fait que l’on n’a même plus conscience d’agir. On se matérialise enquelque sorte: il n’y a pas de recul, pas de réflexion. Ces expériences naturelles, naturelles parce qu’elles ne sont pas pathologiques et n’impliquent pas l’usage de drogue ou d’alcool, frôlent l’automatisme. Ce que nous expérimentons, c’est l’absence d’esprit. Nous sommes tout image. On pourrait dire que nous sommes dans l’Instant, mais à condition de bien remarquer que chez Bergson qui gardetoujours une vision continuiste du mouvant, il n’y a jamais, précisément parlant, d’instantanéité: une image entre guillemets instantanée est déjà une image qui passe, fût-ce de façon infinitésimale, dans une autre.
Voilà l’objectif de Bergson, non dénué d’enjeux existentiels: nous amener d’abord dans un lieu où l’esprit ne souffle pas, où des images passent les unes dans les autres. C’est une sorted’expérience matérialisante. Là il y aurait sans doute un point commun entre le Bergson du 1er chapitre de Matière et mémoire et Deleuze qui évoque des expériences de ce type: expérience du vieillard à l’agonie. Ainsi dans son dernier texte («L’immanence, une vie…», Philosophie, Éditions de Minuit, Paris, n° 47, septembre 1995), Deleuze pointe la zone limite où l’expérience de l’irréversibilitéredevient celle d’un flux sans flèche, où le sujet philosophant, encore identique à lui-même n’est déjà plus lui-même. En ce point limite, le philosophe, extérieur à sa propre intériorité, ne sait plus qui était ce sujet qui, autrefois (dans un autre temps qui, justement, était le temps) philosophait sur le temps et s’imaginait parfois, lorsqu’il se perdait de façon quasi solipsiste dans sespensées, n’être plus personne. En ce point, il n’est même plus possible de jouer à se faire peur en s’imaginant vivre d’une vie chaotique car vie et chaos ne font alors plus qu’un. À ce stade pré ou post subjectif, tout se passe comme si le circuit de l’ipséité restait indéfiniment ouvert. Ce qui peut donner le sentiment d’une sorte de narcissisme originaire, d’un narcissisme d’avant l’image de soi,d’avant même la perspective d’un solipsisme métaphysique.

L’empiriste croit qu’il n’y a pas d’autre expression ontologique de l’âme que la totalité de ses états, tandis que le rationaliste voit dans les états psychologiques l’expression ontologique d’un substrat qui leur préexiste. Mais dans les deux cas, il y a une confusion entre deux types d’expressivité. Les deux confondent expression...
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