Petite soeur

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  • Publié le : 8 mai 2011
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Petite soeur
Je me souviens encore du jour où elle est arrivée à la maison. C'est le jour où ma petite sœur a dit « ma » pour la première fois. Ils la lui ont achetée pour la récompenser de ce premier mot.
Dès que je l'ai vue, j'ai senti qu'elle était méchante. Non seulement cette poupée de chiffon était la plus laide que j'aie jamais vue, mais les boutons qui étaient ses yeux brillaientd'une haine féroce.
— Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne vas pas être jalouse, me demanda maman en me voyant grave et silencieuse.
— Non, c'est simplement que… Elle est si vilaine. Elle a un œil plus haut que l'autre, elle n'a pas de nez, et sa bouche tordue ne se ferme pas complètement… On dirait qu'elle a des dents aiguisées. Et pourquoi ses cheveux en filasse sont-ils si emmêlés et sales ? Etcette couleur verte !
Papa riait :
— Tu exagères ! Elle n'est pas si vilaine ! Ou plutôt sa laideur fait partie de son charme. De plus, elle plaît à ta sœur, et c'est pour elle. La prochaine fois que tu apprendras quelque chose de nouveau, nous t'achèterons un jouet à toi aussi. D'accord ?
Alors, mes parents ont considéré que la discussion était close. Ils ont mis ma petite sœur dans sonparc et se sont assis devant la télé. C'était mon programme préféré, mais je ne pouvais pas me concentrer ; il m'était impossible de détourner mon regard de la petite qui embrassait et cajolait cette horrible poupée à laquelle je ne faisais aucune confiance. Je suis allée dans ma chambre et j'ai choisi la plus jolie Barbie que je possédais. Je suis vite redescendue et ai essayé de la substituer àla vilaine poupée. Ma sœur s'est mise à pleurer. Maman s'est immédiatement approchée et m'a brutalement arraché la Barbie des mains.
— Est-ce que je t'ai pas dit que ces poupées ne conviennent pas pour une enfant aussi petite ? Qu'est-ce que tu veux ? Faire du mal à ta petite sœur ?

Il se trouve que depuis sa naissance nos parents ne cessaient pas de me demander quels étaient messentiments pour elle, si je ne pensais pas qu'ils m'aimeraient moins quand je ne serais plus le bébé de la maison… Et plus je tentais de leur expliquer que j'étais très heureuse de ne plus être seule et d'être la grande sœur, plus ils semblaient découvrir dans chacun de mes faits et gestes les signes cachés de ce que devaient être mes véritables sentiments. « Il est normal d'être jalouse »,répétaient-ils. Pourquoi faisaient-ils tant d'histoires ?
C'est ainsi que toutes mes tentatives pour me défaire de cette poupée ont été interprétées comme une volonté d'attirer l'attention ou comme une haine refoulée, ou je ne sais quoi d'autre. Si bien qu'ils m'ont emmenée chez le médecin.
J'ai essayé d'expliquer à celui-ci, comme je l'avais fait pour mes parents, que cette poupée avait quelque chosede malsain et que, j'en étais persuadée, elle finirait par faire du mal à ma petite sœur. La preuve en était les petites griffures qui apparurent mystérieusement sur son corps à peine étais-je rentrée à la maison. Et, bien entendu, je n'en étais pas la cause. Bien sûr, le médecin (comme les autres) les attribua à ma grande imagination et ajouta que les griffures étaient tout à fait normales chez untout petit qui fait connaissance avec le monde. Il dit encore qu'il me trouvait un peu crispée, mais qu'il n'y avait pas de motif de s'alarmer. Il m'interdit de regarder autant la télévision. (Surtout les programmes violents, dit-il. Et il faut se méfier des bandes dessinées, certaines sont assez agressives.) Et il me prescrivit des comprimés pour me détendre et mieux dormir. À la premièreprescription, j'ai dû me résigner, mais n'ai pas accepté la seconde. Maman me fourrait le comprimé dans la bouche et, dès qu'elle ne faisait plus attention, je le crachais. Heureusement. Sans quoi je n'aurais pas été réveillée cette nuit-là.

J'ai été réveillée par un bruit étrange provenant de la chambre de ma sœur. C'était comme si l'on avait traîné un objet dehors, à travers l'étage. Je me...
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