Peut on aimer l'argent

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  • Publié le : 10 avril 2010
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« L’homme est un animal social » revendiquait Platon. En d’autres
termes pas d’humanité sans société. Et si on admet comme fondement de la
société l’échange entre les individus, il apparaît nettement combien il est
important pour l’homme de se donner les moyens d’échanger. D’abord très
primitif, basé sur un système archaïque et non normalisé de troc, les échanges ont fini par trouverun
étalon dans une valeur reconnue par toute la communauté. L’or fut souvent choisi. Les valeurs des objets
s’étalonnent alors à partir d’une valeur de référence qu’on donne au métal or. Ce qu’on peut déjà appeler
confondu avec l’or, on pouvait aimer dans l’argent sa valeur intrinsèque : sa beauté esthétique, son éclat,
sa rareté qui le rend irrésistiblement attirant. La question del’amour de l’argent est plus pertinente depuis
qu’on a décorrélé la monnaie de toute valeur réelle. Depuis que l’argent se résume à un banal coupon de
papier ou même aux quelques bits de données d’une transaction numérique, l’argent a véritablement
perdu toute valeur intrinsèque. Ce nouvel argent de convention qui ne représente rien en soi peut-il alors
être aimé ? C’est justement parceque l’argent n’est rien en soi qu’il peut se matérialiser en tout et
qu’ainsi, il cristallise toutes les passions : de l’amour à la haine.
Par volonté ou par nécessité, tous les individus de nos sociétés développées entretiennent une
relation à l’argent. Le riche qui dépense sans compter et le pauvre qui compte sans pouvoir dépenser
entretiennent tous deux une relation évidente àl’argent. La question de l’amour de l’argent concerne
donc chacun. Peut-on, de fait, aimer l’argent ? Y a-t-il une dimension affective dans notre rapport à
l’argent ou un simple rapport de nécessité ? La littérature, véritable miroir de notre société, dresse un
bestiaire impressionnant des amoureux de l’argent. Il y a ceux qui aiment le gain par-dessus tout, les
cupides ; ceux qui tiennent àleur capital « plus que réputation, qu’honneur et que vertu » comme
l’Harpagon croqué par Molière, les avares ; et il y a les dispendieux, ceux qui ne vouent pas un culte à
l’argent en soi mais à ce qu’il permet d’acquérir à l’image du fils d’Harpagon dans l’Avare. La littérature
prend plaisir à représenter des monomaniaques qui, bien que peu réalistes, sont édifiants. Il est en effetdifficile, voire impossible de retrouver un Harpagon ou une princesse d’Orviedo-elle qui, sous la plume de
Zola met une telle application à dilapider sa fortune par une prodigalité extravagante-dans le monde réel.
Pour autant, celui-ci nous offre souvent le spectacle d’hommes et de femmes amoureux de l’argent.
L’homme peut de fait aimer l’argent, cela n’en apporte pas pour autant unejustification morale.
Une justification évidente à la moralité de l’amour de l’argent est de considérer l’argent comme un
produit, un résultat. Cette considération permet alors de différencier un argent moral, « bien » gagné, d’un
argent immoral qui est celui du jeu, du vol et de la spoliation. L’argent moral est le fruit de notre travail et
de nos efforts, en quelques sortes une desfinalités de notre travail. Les hommes perçoivent un salaire qui
se veut la juste rétribution de l’effort fourni. L’imprégnation chrétienne de la civilisation occidentale a
profondément ancrée la valeur travail dans nos pensées : « tu travailleras à la sueur de ton front » exige de
l’homme Dieu dans la Genèse. C’est parce que travailler est participer à la pérennisation de l’espèce
humaine quecette valeur est si prépondérante. L’argent, fruit légitime du travail, est alors, plus
qu’acceptable moralement, une véritable nécessité morale par ce qu’elle représente. On aime finalement
l’argent dans l’image qu’elle nous renvoie de nous-mêmes. La valeur travail, très importante dans nos
sociétés trouve sa représentation dans l’argent. On mesure le travail, l’effort de...
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