Peut-on faire du plaisir une philosophie ?

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  • Publié le : 19 septembre 2010
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Peut-on faire du plaisir une philosophie ?

Catégorie: Philosophie
La première conférence-débat de la semaine nationale de la philosophie a eu lieu le lundi 14 avril 2008 à la salle du Conseil de la mairie de Port-louis. Elle avait pour titre « Peut-on faire du plaisir une philosophie ? ». Nous avons d’abord présenté les multiples accusations et châtiments qu’ont subi les philosopheslibertins au XVIIe siècle. Ensuite, nous avons présenté l’ecclésiaste et philosophe Pierre Gassendi (photo à droite), qui va tenter de « réhabiliter » Epicure (philosophe grec antique qui met le plaisir au centre de sa philosophie) comme un philosophe digne de ce nom. Pour terminer, nous irons plus loin que notre conférence et nous verrons comment il est possible (et souhaitable) pour une meilleure viede faire du plaisir le moteur de l’existence.

I.- DÉNONCIATION ET CONDAMNATION DU LIBERTINAGE
Il est difficile d’être libertin au 17ème siècle. Nous sommes à Toulouse, le 9 février 1619. Voici ce que l’on fit au philosophe libertin Jules César Vanini : « Avant de monter sur le bûcher, on lui ordonna de livrer sa langue au couteau ; il refusa ; il fallut employer des tenailles pour la luitirer, et quand le fer du bourreau la saisit et la coupa, jamais on entendit un cri plus horrible. » Il sera étranglé, son corps brûlé et ses cendres dispersées.
Quelques années plus tard, le poète Théophile de Viau connaîtra un sort tout aussi terrible : avant qu’on ne parvienne à l’arrêter et à le jeter en prison ¬où il meurt le 25 septembre 1626, on l’exécute par contumace, on fait un autodaféde ses recueils de poèmes. Les mots injurieux et péjoratifs n’ont pas manqué au XVIIe siècle en France et en Europe pour les libertins : on les accusait à la fois d’hérétiques, de mécréants, d’athées, de blasphémateurs, de dissidents ou de libres penseurs.
Et pour continuer dans les termes dévalorisants et insultants qui les montraient du doigt, on les accusait de débauchés, de matérialistes, desodomites, de sceptiques, de démons, d’épicuriens, d’adeptes de la sorcellerie, de « voluptueux ». L’Eglise et les moralistes de tous bords n’étaient pas avares en qualificatifs insultants et en condamnations.
L’un des représentants de cette haine des libertins, le père jésuite François Garasse écrit en 1622 : « J’appelle Libertins nos Yvrognets, moucherons de taverne, esprits insensibles à lapiété, qui n’ont d’autre Dieu que leur ventre, qui sont enrôlés en cette maudite confrérie qui s’appelle la confrérie des bouteilles [...] C’est une gangrène irrémédiable, il faut couper, trancher, brusler de bonne heure, autrement l’affaire est désespérée. »
Autre exemple de dénonciation, mais ici d’un point de vue philosophique : le moine Marin Mersenne, qui était mathématicien, théologien etphilosophe, et qui fut le centre d’un réseau d’échange de l’Europe des savants, publie en 1624 l’Impiété des déistes, athées et libertins de ce temps : combattue et renversée de point en point par raisons tirées de la philosophie et de la théologie, et, l’année suivante, il publie la Vérité des sciences contre les Sceptiques ou Pyrrhoniens, ouvrage dans lequel le libertin est montré comme un « funesteoiseau de la nuit », est il est accusé de « ne pas supporter l’éclat de la vérité », et de limiter la connaissance « à la seule portée des sens », et le père Mersenne les accuse de ramener les hommes « à la condition la plus basse des bêtes les plus stupides » .
Mais pourquoi tant de haines est-on amené à se demander ? Nous touchons ici au cœur du problème : le plaisir, lorsqu’il touche les sens,le corps, le ventre, la sexualité, et pour être plus général tout ce qui entre sous la catégorie philosophique de « matérialisme », a depuis toujours été dénoncé, condamné ou haï par les philosophies, les religions et les morales qui mettent l’esprit au-dessus de tout, l’âme comme réalité suprême et éternelle dans l’homme. Ces philosophies pensent que ce qu’il y a de plus haut chez l’homme,...
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