Peut-on mentir

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  • Publié le : 6 avril 2011
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Peut-on mentir?

Si la loi punit l’usage des faux-papier d’identité ou les faux témoignages, elle n'inquiète pas les marchands d'illusions ou celui qui, pour épater des amis, s’invente des exploits qu’il n’a pas accomplis. Il est en effet des mensonges que la loi ne réprouve pas. Pourtant chacun apprend, par son éducation, qu'il est "laid" de mentir et que l'honnêteté et la sincérité sont desvertus morales qu'il faut cultiver. Mais chacun découvre aussi qu'il n'est pas bon de dire à autrui tout ce qu'il a sur le coeur et qu'en certaines circonstances il est même recommandé de mentir: par exemple mentir à quelqu'un pour ne pas le blesser ou lui épargner des souffrances, comme cacher la vérité à une personne atteinte d'une grave maladie. Comment se repérer dans toutes ces situations oùle mensonge est tantôt condamné, tantôt justifié. Est-il certain par exemple qu'un mensonge bienveillant soit toujours légitime? Ne peut-on lui opposer un droit fondamental de la personne à la vérité? Ainsi nous voudrions savoir ce que vaut, en définitive, la règle qui condamne le mensonge. Est-elle sacrée? Est-elle simplement utile? Si oui, quelle sorte d'utilité a-telle? Peut-elle tolérer desexceptions? *** On peut mentir par intérêt personnel (pour se soustraire à une punition ou obtenir un avantage); mentir pour nuire à quelqu'un (faire circuler à son sujet une fausse information afin de salir sa réputation); mentir enfin pour servir l'intérêt d'autrui (s'accuser d'un crime à la place d'un autre). Dans tous les cas, mentir à quelqu'un revient à le manipuler pour lui inspirer une opinion ouune décision. C'est pourquoi personne n'aime apprendre qu'il a été trompé. Quand le cas se présente, et que nous avons démasqué un menteur, nous souffrons d' avoir été comme

une «chose» entre ses mains. Nous lui en voulons de nous a voir fait penser ou choisir ce que nous n'aurions ni pensé ni choisi si nous avions su la vérité. Mais si l'intention du menteur est bienveillante, devronsnoustempérer notre reproche? Pas davantage! De quel droit, par exemple, un médecin empêcherait-il un homme de savoir qu'il est gravement malade et promis à une mort prochaine? Simplement parce que pétri de compassion , le médecin souhaiterait lui épargner une souffrance morale jugée par lui insupportable? Mais l'intention ne fait pas la valeur de l'action. En voulant bien faire, on peut faire le pire.Le pire, ici, est une atteinte à la liberté du patient. C'est pourquoi nous louons cette loi qui oblige le médecin à donner « à la personne qu'il soigne, une information loyale » (Art 32 du Code de déontologie médicale). Et ce que nous revendiquons pour le malade s'applique aussi au citoyen: pour exercer pleinement sa citoyenneté, il est nécessaire que chacun soit informé par une presse libre ethonnête, soucieuse de ne rien cacher qui puisse empêcher l'exercice du libre jugement. De ce droit à la vérité (qui doit être limité aux seules vérités auxquelles nous puissions légitimement prétendre) dépend en effet la liberté de choix du citoyen. Le mensonge doit par conséquent être proscrit et vu comme une atteinte grave à cette liberté. Mais ce droit de savoir est-il valable dans toutes lessituations? Peut-on nier qu'il est «des transparences qui, selon le mot de Jacques Ricot, perforent les âmes et les corps». Toutes les personnes sont-elles prêtes à accueillir toutes les vérités? Il est à craindre, comme le fait remarquer Jankélévitch, qu'en disant la vérité à un enfant gravement malade, on ajoute à sa souffrance «la torture du désespoir» ( Traité des vertus). N'est-ce pas, du reste,pour de semblables motifs, que beaucoup de parents s'évertuent à parer l'esprit de leurs petits de tout une série de croyances joyeuses afin qu'ils ne voient pas la cruelle réalité de la vie. Ils la verront assez tôt, pensent-ils. En attendant, qu'ils soient épargnés! Même si pour cela, il faudra leur mentir et les bercer d'illusions.

Comment concilier le droit à la vérité de chacun et le...
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