Peut on obeir librement ?

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  • Publié le : 9 décembre 2011
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De par notre existence, nous obéissons. Avant tout aux lois physiques comme à nos besoins naturels, nous obéissons aussi inéluctablement tout au long de notre vie sociale à un Maître polymorphe. Cette entité supérieure à nôtre personne par sa sagesse ou son pouvoir, est tantôt le parent puis le professeur, mais aussi un chef, l’État ou encore la société ; avant, pour son ultime ordre, d’empoignerla faux. Sommes-nous pour autant condamnés à courber l’échine sous le poids du cours de la vie ? Une telle pensée fataliste feint de dégager des barrières plus qu’étroites au chemin de nôtre existence, et occulte ainsi le moindre espace pour la liberté. Pourtant, il paraît curieux de penser pouvoir obéir librement, l’obéissance étant d’ordinaire synonyme de soumission, et l’on peut croire qu’ilne s’agit là que d’une illusion instaurée par l’habitude. Mais n’oublions pas qu’obéir est un acte délibéré, ce qui est rarement le cas de la soumission. Aussi, peut-on obéir librement ? Et si c’était là une liberté, alors pourquoi obéir ? Tout d’abord, il nous faudra éclaircir la distinction entre obéissance et soumission en partant du constat historique de l’évolution des rapports sociaux. Puisnous verrons comment accéder à l’état d’obéissance libre dans une société de la servitude, qui passe par la soumission du corps puis par la désobéissance. Nous terminerons par montrer qu’obéir librement au système n’est possible et souhaitable que dans le cadre d’un système garantissant justice et liberté, tandis qu’une obéissance libre absolue n’est pas encore acquise.

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Dés les toutespremières associations de l’homme, qui lui permirent de s’élever de sa condition animale, il y eu toujours au moins un individu plus puissant ou mieux éclairé pour guider les autres. Mais le berger, de par sa nature non divine, se révéla maintes fois être un tyran. Lorsqu’il se dirigea vers un ravin, bien loin des prairies de la justice, trop souvent le troupeau s’y jeta sans prêter la moindre attentionaux dissidents. Peut-on alors parler d’obéissance, là où ne transparait que soumission ?

L’étude du comportement des peuples sous le règne – le joug – d’un homme, quel que soit le titre porté par ce dernier, est révélatrice de cette distinction. Le monarque ne doit son pouvoir qu’à l’assujettissement de son royaume, et cela même lorsqu’il se conduit en tyran. Le peuple obéit, aussi longtempsque cela lui est supportable, aux ordres du souverain et de fait, exécute ses désirs. Nous observons alors la projection de tous les intérêts individuels des hommes sur un seul, celui du souverain, la grandeur du royaume. Le monarque ordonne, le peuple s’exécute ; et si certaines personnes refusent, elles le feront sous la contrainte d’autres plus loyales ou récompensées pour ça. Le peuple bâtitainsi de somptueuses et gigantesques demeures pour le souverain, l’accueillant de son vivant comme à Versailles ou pour sépulcres avec les pyramides d’Égypte, et lui offre une vie fastueuse alors qu’eux-mêmes en grande partie n’ont rien sinon la misère. Des artifices sont souvent nécessaires au maintien de cet état : l’origine divine du pouvoir des pharaons aux rois chrétiens, le culte de lapersonnalité dans un contexte plus moderne, tout cela pour qu’au mieux le souverain obtienne l’amour du peuple tandis qu’il est craint. « Le Roi est mort, vive le Roi! » disait-on en France, symbole de la passation immédiate du pouvoir à l’héritier pour éviter qu’il soit remis en questions. Mais la pire conséquence de cette obéissance infaillible à l’échelle d’un peuple entier, c’est la guerre. La guerreentre les Etats (territoriale, à l’ancienne) n’aurait pas lieu d’être si les soldats des différentes parties ne transféraient pas leurs intérêts sur celui qui possède les terres, puisque la plupart du temps eux n’y gagnent rien à part la mort.

Pourtant, le peuple continue d’exécuter les ordres, et parfois même il se révolte. Nous pouvons alors légitimement penser que le peuple obéit...
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