Peut-on parler de comportement naturel au sujet de l'homme?

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  • Publié le : 1 juin 2010
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Peut-on parler de comportements naturels au sujet de
l’homme ?

Dire d’un comportement qu’il est naturel c’est affirmer qu’il est conforme au vrai et au bien. La question nous demande donc de juger des fondements de nos jugements moraux. Si on ne peut tenir l’inceste pour un comportement contre nature, faudra-t-il le considérer comme moralement acceptable ? Ce qui faitdifficulté c’est de ne pas confondre la normalité, toute relative, de nos actes, avec leur naturalité. Notre problème sera donc de savoir si l’idée de nature peut-être un critère de nos jugements moraux.

On s’imagine habituellement que notre mode de vie ordinaire est conforme à un idéal de vie, que nos comportements (parler, manger, se vêtir,…) sont conformes à ce que la nature aurait prévu pournotre espèce. Mais ce n’est là qu’un préjugé ethnocentrique en vertu duquel les mœurs d’une communauté sont meilleures que celles des autres.
En effet, il y a autant de différences comportementales d’individu à individu qu’entre peuples. Dans le cours des affaires humaines on ne trouve rien de constant. C’est ce qui frappe quand on compare l’homme à l’animal.
L’homme a des besoins, mais il luimanque les instincts pour lui dicter la manière de les satisfaire. L’homme est le seul vivant capable d’affirmer sa liberté. Par là il est en rupture d’avec la nature et doit inventer les moyens de satisfaire ses besoins. Ainsi, n’étant plus conduits par l’instinct, c’est-à-dire par un programme innée qui dicte un comportement stéréotypé, nous pouvons affirmer qu’il n’y a plus de comportementnaturel chez l’homme.
Nous serions alors victimes d’une illusion par laquelle nous confondons un jugement naturel à un jugement conforme à une norme sociale. Il peut nous sembler tout aussi naturel de manger avec couteau et fourchette que pour un lion de se jeter sur la gazelle. C’est prendre le relatif pour de l’absolu. La diversité des choix comportementaux chez l’homme fait problème.Par exemple, l’homosexualité est entrée dans les mœurs. Mais il n’en a pas été ainsi en
d’autres temps où elle était considérée comme un péché contre nature punissable de mort.
Et si aujourd’hui elle fait partie de notre univers quotidien, nous faut-il revoir notre
jugement et considérer ce comportement comme naturel ?
L’homosexualité est passée dans les mœurs, maisest-ce pour autant morale ? Faut-il
rejeter l’idée de nature comme critère et lui substituer l’idée de liberté ?

La liberté est un concept sociétal, non une donnée naturelle. On n’est donc toujours libres que relativement à une situation, à une époque donnée. Mais vouloir fonder la morale sur la liberté, à savoir, la possibilité de faire ce qu’il nous plait, c’est s’exposer à ne pluspouvoir juger les comportements humains. Il n’y a plus alors d’éloge ou de blâme à faire selon qu’il s’agisse d’un tueur en série ou d’un saint. Pour que le jugement moral soit possible, il nous faut revenir à l’idée de nature comme critère et faire dépendre la morale de la raison et nous plus du caprice.
C’est ce que fait Kant dans son Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique.Au-delà de l’inconstance des comportements humains, le philosophe allemand croit pouvoir trouver « un fil directeur », un dessein de la nature pour notre espèce. Ainsi, la nature a retiré dans notre espèce l’instinct pour y placer la raison et la liberté. Il n’y a donc pas de comportement naturel, c’est-à-dire propre à notre espèce, au sens, par exemple, ou un lion qui a atteint sa maturité secomporte comme un lion. La nature de quelque chose, nous apprend Aristote, est un principe interne de développement. Comme il n’y a pas de principe interne de développement chez l’homme, il faut supposer, dit Kant, que la nature a prévu un plan de développement pour l’homme qui soit compatible avec les dispositions propres à notre espèce. Dans cette perspective, l’histoire de l’humanité est le...
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